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Bathild Bouniol (1815–1877)

Les rues de Paris

Dans ce Paris plein d’or et de misère,En l’an du Christ mil sept cent quatre-vingt,Chez un tailleur, mon pauvre vieux grand-père,Moi, nouveau né, sachez ce qui m’advint :Rien ne prédit la gloire d’un OrphéeÀ mon berceau qui n’était pas de fleurs ;Mais mon grand-père, accourant à mes pleurs,Me trouve un jour dans les bras d’une fée ;Et cette fée, avec de gais refrains,Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Le bon vieillard lui dit, l’âme inquiète :« À cet enfant quel destin est promis ? »Elle répond : « Vois-le, sous ma baguette,Garçon d’auberge, imprimeur et commis.Un coup de foudre ajoute à mes présages.Ton fils atteint va périr consumé ;Dieu le regarde, et l’oiseau raniméVole en chantant braver d’autres orages............Tous les plaisirs, sylphes de la jeunesse,Éveilleront sa lyre au sein des nuits. »Le vieux tailleur s’écrie : « Eh quoi ! ma filleNe m’a donné qu’un faiseur de chansons !Mieux jour et nuit vaudrait tenir l’aiguilleQue, faible écho, mourir en de vains sons.

Va, dit la fée, à tort tu t’en alarmes ;De grands talents ont de moins beaux succès.Ses chants légers seront chers aux Français,Et du proscrit adouciront les larmes. »

Les négligences sont ses plus grands artifices.

Faut-il mourir, madame ; et, si proche du terme,Votre illustre inconstance est-elle encor si fermeQue les restes d’un feu que j’avais cru si fortPuissent dans quatre jours se promettre ma mort ?

… Aussi quand tu parus dans ton vol triomphant,Fils du Nord, le Midi t’adopta pour enfant.Oh ! Dieu t’avait créé pour les sublimes sphères,Où meurt le bruit lointain des mondaines affaires ;Il te mit dans les airs où ton vol s’abîmaComme le grand condor que vénère Lima :Oiseau géant, il fuit notre terre profane,Dans l’océan de l’air il se maintient en panne ;Là, du lourd quadrupède il contemple l’abri,L’aigle qui passe en bas lui semble un colibri,Et noyé dans l’azur comme une tache ronde,On dirait qu’immobile il voit tourner le monde.C’était là ton domaine alors, que revenantDes huttes du Sachem sur le vieux continent,Tu t’élevas si haut d’un seul bond que l’EmpireUn instant s’arrêta pour écouter ta lyre.

Le monde des beaux-arts à peine renaissantSe débattait encore dans son limon de sang ;Ce chaos attendait ta parole future ;Tu dis le fiat lux de la littérature.

La méditation du génie est la sœur ;

Ton âme, insatiable aux choses du moment,Redemandait toujours un nouvel aliment.Quand ton char eut touché la borne de l’arène,Tu voulus réunir dans ta main souveraineLa palme politique et celle des beaux-arts.

La terre a vu jadis errer des paladins ;Ils flamboyaient ainsi que des éclairs soudains,Puis s’évanouissaient, laissant sur les visagesLa crainte et la lueur de leurs brusques passages,Ils étaient dans des temps d’oppression, de deuil.............Les spectres de l’honneur du droit, de la justice ;Ils foudroyaient le crime, ils souffletaient le vice ;On voyait le vol fuir, l’imposture hésiter,Blêmir la trahison, et se déconcerterToute puissance injuste, inhumaine, usurpée,Devant ces magistrats sinistres de l’épée…

Et trompant de Colbert la prudence importune,Va, par tes cruautés mériter la fortune,

La Condamine est aujourd’huiReçu dans la troupe immortelle ;Il est bien sourd : tant mieux pour lui ;Mais non muet : tant pis pour elle.

Dans un si grand revers que vous reste-t-il ? — Moi !

Je sais ce que je vaux et crois ce qu’on m’en dit.Pour me faire admirer, je ne fais point de ligue,J’ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue.Je satisfais ensemble et peuple et courtisans,Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans ;Par leur seule beauté ma plume est estimée :Je ne dois qu’à moi seul toute ma renommée ;Et pense toutefois n’avoir point de rival,À qui je fasse tort en le traitant d’égal.

En vain contre le Cid un ministre se ligue,Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.

Ce bras, jadis l’effroi d’une armée ennemie,Descendait au tombeau tout chargé d’infamie,Si je n’eusse produit un fils digne de moi,Digne de son pays et digne de son roi.Il m’a prêté sa main, il a tué le comte,Il m’a rendu l’honneur, il a lavé ma honte.

Vanité d’entasser richesses sur richesses ;Vanité de languir dans la soif des honneurs ;Vanité de choisir pour souverains bonheursDe la chair et des sens les damnables caresses ;Vanité d’aspirer à voir durer nos joursSans nous mettre en souci d’en mieux régler le cours,D’aimer la longue vie et négliger la bonne,D’embrasser le présent sans soin de l’avenir,Et de plus estimer un moment qu’il nous donneQue l’attente des biens qui ne sauraient finir.

Souvent l’esprit est faible et les sens indociles,L’amour-propre leur fait ou la guerre ou la loi ;Mais bien qu’en général nous soyons tous fragiles,Tu n’en dois croire aucun si fragile que toi.

… Un père est toujours père,

Et l’on peut rarement m’écouter sans ennui,Que quand je me produis par la bouche d’autrui.

Le mauvais goût du siècle en cela me fait peur.

Aide-toi et le Ciel t’aidera.

Papillon du Parnasse et semblable aux abeilles,À qui le bon Platon compare nos merveilles,Je suis chose légère et vole à tout sujet :Je vais de fleur en fleur et d’objet en objet ;À beaucoup de plaisirs je mêle un peu de gloire.

J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rienQui ne soit souverain bien,Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.

Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre,Ils s’aiment jusqu’au bout malgré l’effort des ans.Ah ! si !… Mais autre part j’ai porté mes présens.

Vrai dans tous ses écrits, vrai dans tous ses discours,Vrai dans sa pénitence à la fin de ses jours,

Du maître qu’il approche il prévient la justice,Et l’auteur de Joconde est armé d’un cilice.

Jean s’en alla comme il était venu,Mangeant son fonds avec son revenu,Et crut les biens chose peu nécessaire.

Quant à son temps bien sut le dispenser ;Deux parts en fit, dont il soulait passerL’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

En mon jouvent (jeunesse), tout tel estoieQue trop volontiers m’esbatoie.Et tel que fui encor le sui…Très que n’avoie que douze ansEstoie fortement goulousans (désireux)De vésir (voir) danses et carolles,D’oïr ménestrels et parolles,Qui s’appartiennent à déduit,Et de ma nature introduitD’aimer par amour tous ceauls (ceux)Qui aiment et chiens et oiseauls ;.........Et si destoupe mes oreilles,Quand j’oï vin verser de bouteilles,Car au boire prens grand plaisir.

Aussi fais en beaux draps vestir,En viande fresche et nouvelle.Violettes en leurs saisonsEt roses blanches et vermeillesVoi volontiers, car c’est raison, »

HONORARIUM.Gallorum sublimis honos et fama tuorum,Hic, Froissarde, jaces, si modò fortè jaces.Historiæ vivus studuisti reddere vitam,Defuncto vitam reddet at illa tibi.

Ce fut au joli mois de may,Je n’eus doubtance ni esmai (effroi)Quand j’entray en un jardinet.Il estoit assez matinet,Un peu après l’aube crevant (croissant)Nulle riens ne m’alloit gresvant (pesant),Mès (mais) toute chose me plaisoitPour le joli temps qu’il faisoit,Et estoit apparent dou (de) faire..........Je me tenois en un momentEt pensois au chant des oiseauls,En regardant les arbriseaus,Dont il y avait grant foison,Et estoie sous un buissonQue nous appelons aube-espineQui devant et puis l’aube espine ;Mes la flour (fleur) est de tel (telle) noblesse.Que la pointure petit blesse ;.........Tout envi que là me seoie (seyais)Et que le firmament veoie (voyais)Qui estoit plus clair et plus purQue ne soit argent ne azur,En un penser je me ravis…

Et ce visage enfin plus pâle qu’un rentierÀ l’aspect de l’arrêt qui retranche un quartier !