Poésies de Catulle — 23

Catulle (84–54 a. C.)

Translated from Latin by Charles Héguin de Guerle

Furius, toi qui n’as ni feu, ni valet, ni cassette, ni punaises, faute de lit, ni araignées, faute de maison ; mais un père et une belle-mère dont les dents pourraient broyer des cailloux ; que ton sort est heureux avec un tel père, et avec le squelette qu’il a pour femme ! Faut-il s’en étonner ? Vous’vous portez bien tous les trois, vous vous digérez à merveille, vous ne redoutez rien, ni incendie, ni chute de maisons, ni meurtres, ni tentative d’empoisonnement, ni aucun des dangers auxquels les riches sont exposés. Quoi ! parce que le chaud, le froid et la famine ont rendu ton corps plus sec que la corne, plus transparent que l’écaillé, est-ce une raison pour ne pas te croire heureux et même fortuné ? Sueur, salive, catharre du cerveau, toutes ces infirmités te sont Inconnues. À tous ces motifs de propreté s’en joint un plus grand encore : tu as l’anus plus net qu’une salière, car tu ne vas pas dix fois par an à la garde-robe ; encore n’est-il pas de fève, de cailloux aussi durs que tes déjections ; et tu peux le passer de serviette, sans crainte de te salir les doigts. Garde-toi donc, Furius, de mépriser de si précieux avantages. Pourquoi demander sans cesse aux dieux cent mille sesterces ? n’es-tu pas assez, heureux ?