Romance ( « J’aurais voulu dans son cœur faire naître » )
Pensées d’août
IROMANCE
J’aurais voulu dans son cœur faire naîtreUn tendre accord, un aimable intérêt ;J’aurais voulu, sans espérer peut-être,Du peu d’espoir me voiler le secret.J’aurais voulu, Jui consacrant ma vie,Qu’elle acceptât sans dire : Je le veux ;Et que le nœud qui me serre et me lieFût un ruban de plus dans ses cheveux.J’aurais voulu que sans querelle aucune,La confiance au respect s’enchaînant,Nos volontés de près n’en fissent qu’une,Moi rien n’osant, elle rien ne craignant ;Qu’au fond toujours de l’amitié sincère,Au bout des prés éclairés de rayons,Il fût un coin, un bosquet de mystèreOù, sans aller, tout me dit : Nous irions…J’aurais voulu, — non, je voudrais encoreQue, si je meurs à la servir ainsi,
Elle qui n’eut du feu qui me dévoreQue tiède haleine et reflet adouci.Elle qui n’eut pour moi que frais sourire,Que grâce émue et que tendre enjouement,Et qui jamais ne m’aura laissé lireUn de ces noms qu’on se donne en s’aimant,Que, si je meurs, à cette heure confuse,Aux premiers pleurs de son deuil épanché,Son cœur alors (oh ! sans qu’elle s’accuse)Lui dit tout haut ce mot qu’elle a caché.