Le Guignon

Charles Baudelaire (1821–1867)

Les Fleurs du mal — 1857

XILE GUIGNON

Pour soulever un poids si lourd,Sisyphe, il faudrait ton courage !Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage,L’Art est long et le Temps est court.Loin des sépultures célèbres,Vers un cimetière isolé,Mon cœur, comme un tambour voilé,Va battant des marches funèbres.

— Maint joyau dort enseveliDans les ténèbres et l’oubli,Bien loin des pioches et des sondes ;Mainte fleur épanche à regretSon parfum doux comme un secretDans les solitudes profondes.