L’Amour et le crâne
Les Fleurs du mal — 1868
L’Amour est assis sur le crâneDe l’HumanitéEt sur ce trône le profane,Au rire effronté,
Souffle gaîment des bulles rondesQui montent dans l’air,Comme pour rejoindre les mondesAu fond de l’éther.
Le globe lumineux et frêlePrend un grand essor,Crève et crache son âme grêleComme un songe d’or.
J’entends le crâne à chaque bullePrier et gémir :« Ce jeu féroce et ridicule,Quand doit-il finir ?
Car ce que ta bouche cruelleÉparpille en l’air,Monstre assassin, c’est ma cervelle,Mon sang et ma chair ! »