Le Feu

Charles Fuster (1866–1929)

Sonnets

Lorsque le forgeron forge le fer en feuEt frappe à larges coups sur l’enclume meurtrie,Le métal torturé râle, rugit et crieDans la rouge fumée où passe un éclair bleu.

Ce n’était qu’une barre informe, ou qu’un essieu ;Mais, quand repose enfin l’enclume endolorie,C’est une épée, ardente à venger la patrieOu prête à se lever au bras puissant d’un dieu.

Tel, au brasier brûlant que ton génie allume,Va, tourmente ton cœur ainsi que cette enclumeEt torture ton œuvre ainsi que ce métal !

Pas de pitié ! Le fer aime qui le martèle !Meurtris, brise ton cœur, ô forgeron brutal,Et de ton cœur mourant naîtra l’œuvre immortelle !