À Don Juan

Charles Fuster (1866–1929)

Sonnets

Bien des hommes t’ont plaint, ô Don Juan ! Ils ont ditL’amère volupté qu’on trouve dans l’ivresse,Les frissons d’épouvante auprès d’une maîtresseEt la vague terreur de se sentir maudit.

Mais non. Jamais ton cœur ne s’étant repenti,Tu vas, émerveillant la foule qui s’empresse ;On adore à genoux ta grâce enchanteresse,Et tu ne souffres pas, — et ces gens ont menti.

D’autres ont le secret de la douleur humaine.Ah ! tu n’as jamais su ce qu’il roule de haineDans les cœurs torturés auxquels nul ne répond !

Et je voudrais, vois-tu, charmeur exquis des âmes,Ô doux rêve vivant des songeurs et des femmes,Être aimé comme toi, pour pouvoir être bon !