Texte entier
Translated from English by Charles Baudelaire
Histoires extraordinaires
Parce que je sens que, là-haut dans les Cieux,Les Anges, quand ils se parlent doucement à l’oreille,Ne trouvent pas, parmi leurs termes brûlants d’amour,D’expression plus fervente que celle de mère,Je vous ai dès longtemps justement appelée de ce grand nom,Vous qui êtes plus qu’une mère pour moiEt remplissez le sanctuaire de mon cœur où la Mortous a installéeEn affranchissant l’âme de ma Virginia.Ma mère, ma propre mère, qui mourut de bonne heure,N’était que ma mère, à moi ; mais vous,Vous êtes la mère de celle que j’aimais si tendrement,Et ainsi vous m’êtes plus chère que la mère que j’ai connueDe tout un infini, — juste comme ma femmeÉtait plus chère à mon âme que celle-ci à sa propre essence.
Sur son trône d’airain le Destin, qui s’en raille,Imbibe leur éponge avec du fiel amer,Et la nécessité les tord dans sa tenaille.
L’aigle, pour le briser, du haut du firmament,Sur leur front découvert lâchera la tortue,Car ils doivent périr inévitablement.
53‡‡+305))6*;4826)4‡.)4‡);806*;48+8¶60))85;1‡(;:‡*8+83(88)5*+;46(;88*96*?;8)*‡(;485);5*+2:*‡(;4956*2(5*—4)8¶8*;4069285);)6+8)4‡‡;1(‡9;48081;8:8‡1;48+85;4)485+528806*81(‡9;48;(88;4(‡?34;48)4‡;161,:188;‡?;
Avec un cœur plein de fantaisies délirantesDont je suis le capitaine,Avec une lance de feu et un cheval d’air,À travers l’immensité je voyage.
Qui n’a plus qu’un moment à vivreN’a plus rien à dissimuler.
Voyez ! C’est nuit de galaDepuis ces dernières années désolées !Une multitude d’anges, ailés, ornésDe voiles, et noyés dans les larmes,Est assise dans un théâtre, pour voirUn drame d’espérance et de craintes,Pendant que l’orchestre soupire par intervallesLa musique des sphères.
Des mimes, faits à l’image du Dieu très-haut,Marmottent et marmonnent tout basEt voltigent de côté et d’autre ;Pauvres poupées qui vont et viennentAu commandement de vastes êtres sans formeQui transportent la scène çà et là,Secouant de leurs ailes de condorL’invisible Malheur !
Ce drame bigarré ! oh ! à coup sûr,Il ne sera pas oublié,Avec son Fantôme éternellement pourchasséPar une foule qui ne peut pas le saisir,À travers un cercle qui toujours retourne
Sur lui-même, exactement au même point !Et beaucoup de Folie, et encore plus de PéchéEt d’Horreur font l’âme de l’intrigue !
Mais voyez à travers la cohue des mimes,Une forme rampante fait sont entrée !Une chose rouge de sang qui vient en se tordantDe la partie solitaire de la scène !Elle se tord ! elle se tord ! — Avec des angoisses mortellesLes mimes deviennent sa pâture,Et les séraphins sanglotent en voyant les dents du verMâcher des caillots de sang humain.
Toutes les lumières s’éteignent, — toutes, toutes !Et sur chaque forme frissonnante,Le rideau, vaste drap mortuaire,Descend avec la violence d’une tempête,— Et les anges, tous pâles et blêmes,Se levant et se dévoilant, affirmentQue ce drame est une tragédie qui s’appelle l’Homme,Et dont le héros est le ver conquérant.