Édition 1888
Translated from English by Stéphane Mallarmé
Les Poèmes d’Edgar Poe
Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le changeLe Poëte suscite avec un glaive nuSon siècle épouvanté de n’avoir pas connuQue la Mort triomphait dans cette voix étrange
Eux comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’angeDonner un sens plus pur aux mots de la tribuProclamèrent très-haut le sortilège buDans le flot sans honneur de quelque noir mélange
Du sol & de la nue hostiles ô griefSi notre idée avec ne sculpte un bas-reliefDont la tombe de Poe éblouissante s’orne
Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscurQue ce granit du moins montre à jamais sa borneAux noirs vols du Blasphême épars dans lefutur
Le Corbeau 17Stances à Hélène 27Le Palais Hanté 31Eulalie 37Le Ver Vainqueur 41Ulalume 45Un Rêve dans un Rêve 53A Quelqu’un Au Paradis 57Ballade de Noces 61Lénore 65Annabel Lee 69La Dormeuse 75Les Cloches 81Israfel 87Terre de Songe 93A Hélène 99Pour Annie 105Silence 111La Vallée de l’Inquiétude 115La Cité en la Mer 119
La Romance 127Eldorado 129Un Rêve 130Stances 131Féerie 132Le Lac 134A la Rivière 135Chanson 136A M. L. S. 137A ma Mère 138A M. L. S. 139A F. S. O. 140A F. 140Sonnet à la Science 141Le Colisée 142A Zante 144
Even as eternity his soul reclaimed,The poet’s song ascended in a strainSo pure, the astonished age that had defamed,Saw death transformed in that divine refrain.
While writhing coils of hydra-headed wrong,Listening, and wondering at that heavenly song,Deemed they had drunk of some foul mixture brewedIn Circe’s maddening cup, with sorcery imbued.
Alas ! if from an alien to his clime,No bas-relief may grace thy front sublime,Stern block, in some obscure disaster hurledFrom the rent heart of a primeval world,
Through storied centuries thou shalt proudly standIn the memorial city of his land,A silend monitor, austere and gray,To warn the clamorous prood of harpies from their prey.
Into himself resolved by Death’s great change,The poet rouses with his clear, free tone,His century too frightened to have knownThat Death itself would praise in voice so strange.
’Twas like some hydra, who an Angel heardBreathe strains too pure fort tongues less pure to tell,And thought the shining one had drunk the spellOf some black wave, all noisome and perturbed, —
Oh struggle that the earth with Heaven maintains !If my belief may not be sculptured there,To make the tomb above the poet’s dust more fair, —
That block which ever dark disaster stains, —At least that granite should in future stayPoe’s old blasphemers from their evil way.
Monter à travers la caverne du LionAvec l’amour dans ses yeux lumineux.
Ah ! quel démon m’a vers ces lieux tenté ! "
Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,Qu’un Ange très-savant a sans doute aimantés ;Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.
Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,Ils conduisent mes pas dans la route du Beau.Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.
Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystiqueQu’ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleilRougit, mais n’éteint pas leur flamme fantastique ;
Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil ;Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,Astres dont nul soleil ne peut ternir la flamme !