Ballade de l’Abencérage

François-René de Chateaubriand (1768–1848)

Poésies diverses

VII.BALLADE DE L’ABENCERAGE.

Le roi don JuanUn jour chevauchantVit sur la montagneGrenade d’Espagne ;Il lui dit soudain :Cité mignonne,Mon cœur te donneAvec ma main.Je t’épouserai,Puis apporterai

En dons à ta villeCordoue et Séville.Superbes atoursEt perles finesJe te destinePour nos amours.Grenade répond :Grand roi de Léon,Au Maure liée,Je suis mariée.Garde tes présents :J’ai pour parureRiche ceintureEt beaux enfants.Ainsi tu disois ;Ainsi tu mentois.Ô mortelle injure !Grenade est parjure !Un chrétien mauditD’AbencerageTient l’héritage :C’étoit écrit !Jamais le chameauN’apporte au tombeau,Près de la piscine,L’haggi de Médine.Un chrétien mauditD’AbencerageTient l’héritage :C’étoit écrit !Ô bel Alhambra !Ô palais d’Allah !Cité des fontaines !Fleuve aux vertes plaines !Un chrétien mauditD’AbencerageTient l’héritage :C’étoit écrit !