Avril (Coppée)

François Édouard Joachim Coppée (1842–1908)

AVRIL

Lorsqu’un homme n’a pas d’amour,Rien du printemps ne l’intéresse ;Il voit même sans allégresse,Hirondelles, votre retour ;Et, devant vos troupes légèresQui traversent le ciel du soir,Il songe que d’aucun espoirVous n’êtes pour lui messagères.

Chez moi ce spleen a trop duré,Et quand je voyais dans les nuesLes hirondelles revenues,Chaque printemps, j’ai bien pleuré.Mais, depuis que toute ma vieA subi ton charme subtil,Mignonne, aux promesses d’AvrilJe m’abandonne et me confie.Depuis qu’un regard bien-aiméA fait refleurir tout mon être,Je vous attends à ma fenêtre,Chères voyageuses de Mai.Venez, venez vite, hirondelles,Repeupler l’azur calme et doux,Car mon désir qui va vers vousS’accuse de n’avoir pas d’ailes.