Les Larmes de Saint Pierre
Poésies de François Malherbe
Ce n’est pas en mes vers qu’une amante abuséeDes appas enchanteurs d’un parjure Thésée,Après l’honneur ravi de sa pudicité,Laissée ingratement en un bord solitaire,Fait de tous les assauts que la rage peut faireUne fidèle preuve à l’infidélité.
Les ondes que j’épands d’une éternelle veineDans un courage saint ont leur sainte fontaine ;Où l’amour de la terre et le soin de la chairAux fragiles pensers ayant ouvert la porte,Une plus belle amour se rendit la plus forte,Et le fit repentir aussitôt que pécher.
Henri, de qui les yeux et l’image sacréeFont un visage d’or à cette âge ferrée,Ne refuse à mes vœux un favorable appui ;Et si pour ton autel ce n’est chose assez grande,Pense qu’il est si grand, qu’il n’auroit point d’offrandeS’il n’en recevoit point que d’égales à lui.
La foi qui fut au cœur d’où sortirent ces larmesEst le premier essai de tes premières armes,Pour qui tant d’ennemis à tes pieds abattus,Pâles ombres d’enfer, poussière de la terre,Ont connu ta fortune, et que l’art de la guerreA moins d’enseignemens que tu n’as de vertus.
De son nom de rocher, comme d’un bon augure,Un éternel état l’Église se figure ;Et croit, par le destin de tes justes combats,Que ta main relevant son épaule courbée,Un jour, qui n’est pas loin, elle verra tombéeLa troupe qui l’assaut et la veut mettre bas.
Mais le coq a chanté pendant que je m’arrêteÀ l’ombre des lauriers qui t’embrassent la tête,Et la source déja commençant à s’ouvrir,A lâché les ruisseaux qui font bruire leur trace,Entre tant de malheurs estimant une grace,Qu’un Monarque si grand les regarde courir.
Ce miracle d’amour, ce courage invincible,Qui n’espéroit jamais une chose possibleQue rien finît sa foi que le même trépas,De vaillant fait couard, de fidèle fait traître,Aux portes de la peur abandonne son maître,Et jure impudemment qu’il ne le connoît pas.
À peine la parole avoit quitté sa bouche,Qu’un regret aussi prompt en son ame le touche ;Et mesurant sa faute à la peine d’autrui,Voulant faire beaucoup, il ne peut davantageQue soupirer tout bas, et se mettre au visageSur le feu de sa honte une cendre d’ennui.
Les arcs qui de plus près sa poitrine joignirent,Les traits qui plus avant dans le sein l’atteignirent,Ce fut quand du Sauveur il se vit regardé ;Les yeux furent les arcs, les œillades les flèchesQui percèrent son ame, et remplirent de brèchesLe rempart qu’il avoit si lâchement gardé.
Cet assaut, comparable à l’éclat d’une foudre,Pousse et jette d’un coup ses défenses en poudre ;
Ne laissant rien chez lui que le même penserD’un homme qui, tout nu de glaive et de courage,Voit de ses ennemis la menace et la rage,Qui le fer en la main le viennent offenser.
Ces beaux yeux souverains qui traversent la terreMieux que les yeux mortels ne traversent le verre,Et qui n’ont rien de clos à leur juste courroux,Entrent victorieux en son ame étonnée,Comme dans une place au pillage donnée,Et lui font recevoir plus de morts que de coups.
La mer a dans le sein moins de vagues courantesQu’il n’a dans le cerveau de formes différentes,Et n’a rien toutefois qui le mette en repos ;Car aux flots de la peur sa navire qui trembleNe trouve point de port, et toujours il lui sembleQue des yeux de son maître il entend ce propos :
Eh bien ! où maintenant est ce brave langage ?Cette roche de foi ? cet acier de courage ?Qu’est le feu de ton zèle au besoin devenu ?Où sont tant de serments qui juroient une fable ?Comme tu fus menteur, suis-je pas véritable ?Et que t’ai-je promis qui ne soit avenu ?
Toutes les cruautés de ces mains qui m’attachent,Le mépris effronté que ces bourreaux me crachent,
Les preuves que je fais de leur impiété,Pleines également de fureur et d’ordure,Ne me sont une pointe aux entrailles si dure,Comme le souvenir de ta déloyauté.
Je sais bien qu’au danger les autres de ma suiteOnt eu peur de la mort et se sont mis en fuite ;Mais toi, que plus que tous j’aimai parfaitement,Pour rendre en me niant ton offense plus grande,Tu suis mes ennemis, t’assembles à leur bande,Et des maux qu’ils me font prends ton ébattement.
Le nombre est infini des paroles empreintesQue regarde l’Apôtre en ces lumières saintes ;Et celui seulement que sous une beautéLes feux d’un œil humain ont rendu tributaireJugera sans mentir quel effet a pu faireDes rayons immortels l’immortelle clarté.
Il est bien assuré que l’angoisse qu’il porteNe s’emprisonne pas sous les clefs d’une porte,Et que de tous côtés elle suivra ses pas ;Mais pour ce qu’il la voit dans les yeux de son maître,Il se veut absenter, espérant que peut-êtreIl la sentira moins en ne la voyant pas.
La place lui déplaît, où la troupe mauditeSon Seigneur attaché par outrages dépite ;Et craint tant de tomber en un autre forfait,Qu’il estime déja ses oreilles coupables
D’entendre ce qui sort de leurs bouches damnables,Et ses yeux d’assister aux tourments qu’on lui fait.
Il part, et la douleur qui d’un morne silenceEntre les ennemis couvroit sa violence,Comme il se voit dehors, a si peu de compas,Qu’il demande tout haut que le sort favorable,Lui fasse rencontrer un ami secourable,Qui touché de pitié lui donne le trépas.
En ce piteux état il n’a rien de fidèleQue sa main qui le guide où l’orage l’appelle ;Ses pieds, comme ses yeux, ont perdu la vigueur ;Il a de tout conseil son ame dépourvue,Et dit, en soupirant, que la nuit de sa vueNe l’empêche pas tant que la nuit de son cœur.
Sa vie, auparavant si chèrement gardée,Lui semble trop long-temps ici bas retardée ;C’est elle qui le fâche et le fait consumer ;Il la nomme parjure, il la nomme cruelle,Et, toujours se plaignant que sa faute vient d’elle,Il n’en veut faire compte et ne la peut aimer.
Va, laisse-moi, dit-il, va, déloyale vie ;Si de te retenir autrefois j’eus l’envie,Et si j’ai désiré que tu fusses chez moi,Puisque tu m’as été si mauvaise compagne,Ton infidèle foi maintenant je dédagne ;Quitte-moi, je te quitte, et ne veux plus de toi.
Sont-ce tes beaux desseins, mensongère et méchante,Qu’une seconde fois ta malice m’enchante,Et que pour retarder une heure seulementLa nuit déjà prochaine à ta courte journée,Je demeure en danger que l’ame, qui est néePour ne mourir jamais, meure éternellement ?
Non, ne m’abuse plus d’une lâche pensée ;Le coup encore frais de ma chute passéeMe doit avoir appris à me tenir debout,Et savoir discerner de la trêve la guerre,Des richesses du ciel les fanges de la terre,Et d’un bien qui s’envole un qui n’a point de bout.
Si quelqu’un d’aventure en délices abonde,Il se perd aussi tôt et déloge du monde ;Qui te porte amitié, c’est à lui que tu nuis ;Ceux qui te veulent mal sont ceux que tu conserves ;Tu vas à qui te fuit, et toujours le réservesÀ souffrir, en vivant, davantage d’ennuis.
On voit par ta rigueur tant de blondes jeunesses,Tant de riches grandeurs, tant d’heureuses vieillesses,
En fuyant le trépas, au trépas arriver :Et celui qui chétif aux misères succombe,Sans vouloir autre bien que celui de la tombe,N’ayant qu’un jour à vivre, il ne peut l’achever !
Que d’hommes fortunés en leur âge première,Trompés de l’inconstance à nos ans coutumière,Du depuis se sont vus en étrange langueur ;Qui fussent morts contents, si le ciel amiable,Ne les abusant pas en ton sein variable,Au temps de leur repos eût coupé ta longueur !
Quiconque du plaisir a son ame assouvie,Plein d’honneur et de bien, non sujet à l’envie,Sans jamais en son aise un malaise éprouver,S’il demande à ses jours davantage de terme,Que fait-il, ignorant, qu’attendre de pied fermeDe voir à son beau temps un orage arriver ?
Et moi, si de mes jours l’importune duréeNe m’eût en vieillissant la cervelle empirée,Ne devois-je être sage, et me ressouvenirD’avoir vu la lumière aux aveugles rendue,Rebailler aux muets la parole perdue,Et faire dans les corps les ames revenir
De ces faits non communs la merveille profonde,Qui par la main d’un seul étonnoit tout le monde,Et tant d’autres encor, me devoient avertirQue, si pour leur auteur j’endurois de l’outrage,Le même qui les fit, en faisant davantage,Quand on m’offenseroit me pouvoit garantir.
Mais, troublé par les ans, j’ai souffert que la crainteLoin encore du mal, ait découvert ma feinte,Et sortant promptement de mon sens et de moi,Ne me suis aperçu qu’un destin favorableM’offroit en ce danger un sujet honorableD’acquérir par ma perte un triomphe à ma foi.
Que je porte d’envie à la troupe innocenteDe ceux qui, massacrés d’une main violente,Virent dès le matin leur beau jour accourci !Le fer qui les tua leur donna cette grace,Que si de faire bien ils n’eurent pas l’espace,Ils n’eurent pas le temps de faire mal aussi.
De ces jeunes guerriers la flotte vagabondeAlloit courre fortune aux orages du monde,Et déjà pour voguer abandonnoit le bord,Quand l’aguet d’un pirate arrêta leur voyage ;
Mais leur sort fut si bon que d’un même naufrageIls se virent sous l’onde et se virent au port.
Ce furent de beaux lis qui, mieux que la nature,Mêlant à leur blancheur l’incarnate peintureQue tira de leur sein le couteau criminel,Devant que d’un hiver la tempête et l’orageÀ leur teint délicat pussent faire dommage,S’en allèrent fleurir au printemps éternel.
Ces enfants bienheureux (créatures parfaites,Sans l’imperfection de leurs bouches muettes)Ayant Dieu dans le cœur ne le purent louer,Mais leur sang leur en fut un témoin véritable ;Et moi, pouvant parler, j’ai parlé, misérable,Pour lui faire vergogne et le désavouer.
Le peu qu’ils ont vécu leur fut grand avantage,Et le trop que je vis ne me fait que dommage ;Cruelle occasion du souci qui me nuit !Quand j’avois de ma foi l’innocence première,Si la nuit de la mort m’eût privé de lumière,Je n’aurois pas la peur d’une éternelle nuit.
Ce fut en ce troupeau que, venant à la guerrePour combattre l’enfer et défendre la terre,Le Sauveur inconnu sa grandeur abaissa ;Par eux il commença la première mêlée ;
Et furent eux aussi que la rage aveugléeDu contraire parti les premiers offensa.
Qui voudra se vanter avec eux se compare,D’avoir reçu la mort par un glaive barbare,Et d’être allé soi-même au martyre s’offrir ;L’honneur leur appartient d’avoir ouvert la porteÀ quiconque osera, d’une ame belle et forte,Pour vivre dans le ciel en la terre mourir.
Ô désirable fin de leurs peines passées !Leurs pieds, qui n’ont jamais les ordures pressées,Un superbe plancher des étoiles se font ;Leur salaire payé les services précède ;Premier que d’avoir mal ils trouvent le remède,Et devant le combat ont les palmes au front.
Que d’applaudissemens, de rumeur et de presse,Que de feux, que de jeux, que de traits de caresse,Quand là-haut en ce point on les vit arriver !Et quel plaisir encore à leur courage tendre,Voyant Dieu devant eux en ses bras les attendre,Et pour leur faire honneur les Anges se lever !
Et vous femmes, trois fois, quatre fois bienheureuses,De ces jeunes Amours les mères amoureuses,
Que faites-vous pour eux, si vous les regrettez ?Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables,Ou de n’estimer pas leurs trépas honorables,Ou de porter envie à leurs félicités.
Le soir fut avancé de leurs belles journées ;Mais qu’eussent-ils gagné par un siècle d’années ?Ou que leur avint-il en ce vite départ,Que laisser promptement une basse demeure,Qui n’a rien que du mal, pour avoir de bonne heureAux plaisirs éternels une éternelle part ?
Si vos yeux pénétrant jusqu’aux choses futuresVous pouvoient enseigner leurs belles aventures,Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs,Que vous ne voudriez pas pour l’empire du mondeN’avoir eu dans le sein la racine fécondeD’où naquit entre nous ce miracle de fleurs.
Mais moi, puisque les lois me défendent l’outrageQu’entre tant de langueurs me commande la rage,
Et qu’il ne faut soi-même éteindre son flambeau ;Que m’est-il demeuré pour conseil et pour armes,Que d’écouler ma vie en un fleuve de larmes,Et la chassant de moi l’envoyer au tombeau ?
Je sais bien que ma langue ayant commis l’offense,Mon cœur incontinent en a fait pénitence.Mais quoi ! Si peu de cas ne me rend satisfait.Mon regret est si grand, et ma faute si grande,Qu’une mer éternelle à mes yeux je demandePour pleurer à jamais le péché que j’ai fait.
Pendant que le chétif en ce point se lamente,S’arrache les cheveux, se bat et se tourmente,En tant d’extrémités cruellement réduit,Il chemine toujours ; mais rêvant à sa peine,Sans donner à ses pas une règle certaine,Il erre vagabond où le pied le conduit.
À la fin égaré (car la nuit qui le troublePar les eaux de ses pleurs son ombrage redouble),Soit un cas d’aventure, ou que Dieu l’ait permis,Il arrive au jardin, où la bouche du traître,Profanant d’un baiser la bouche de son maître,Pour en priver les bons aux méchants l’a remis.
Comme un homme dolent, que le glaive contraireA privé de son fils et du titre de père,
Plaignant deçà, delà, son malheur avenu,S’il arrive en la place où s’est fait le dommage,L’ennui renouvelé plus rudement l’outrageEn voyant le sujet à ses yeux revenu :
Le vieillard, qui n’attend une telle rencontre,Sitôt qu’au dépourvu sa fortune lui montreLe lieu qui fut témoin d’un si lâche méfait,De nouvelles fureurs se déchire et s’entame,Et de tous les pensers qui travaillent son ameL’extrême cruauté plus cruelle se fait.
Toutefois il n’a rien qu’une tristesse peinte ;Ses ennuis sont des jeux, son angoisse une feinte,Son malheur un bonheur, et ses larmes un ris,Au prix de ce qu’il sent, quand sa vue abaisséeRemarque les endroits où la terre presséeA des pieds du Sauveur les vestiges écrits.
C’est alors que ses cris en tonnerres s’éclatent,Ses soupirs se font vents, qui les chênes combattent,Et ses pleurs, qui tantôt descendoient mollement,Ressemblent un torrent qui, des hautes montagnes,Ravageant et noyant les voisines campagnes,Veut que tout l’univers ne soit qu’un élément.
Il y fiche ses yeux, il les baigne, il les baise,Il se couche dessus, et seroit à son aise,
S’il pouvoit avec eux à jamais s’attacher.Il demeure muet du respect qu’il leur porte :Mais enfin la douleur, se rendant la plus forte,Lui fait encore un coup une plainte arracher.
Pas adorés de moi quand par accoutumanceJe n’aurois, comme j’ai, de vous la connoissance,Tant de perfections vous découvrent assez ;Vous avez une odeur de parfums d’Assyrie ;Les autres ne l’ont pas, et la terre flétrieEst belle seulement où vous êtes passés.
Beaux pas de ces seuls pieds que les astres connoissent,Comme ores à mes yeux vos marques apparoissent !Telle autrefois de vous la merveille me prit,Quand, déja demi-clos sous la vague profonde,Vous ayant appelés, vous affermîtes l’onde,Et m’assurant les pieds m’étonnâtes l’esprit.
Mais, ô de tant de biens indigne récompense !Ô dessus les sablons inutile semence !Une peur, ô Seigneur ! m’a séparé de toi ;Et d’une ame semblable à la mienne parjure,Tous ceux qui furent tiens, s’ils ne t’ont fait injure,Ont laissé ta présence et t’ont manqué de foi.
De douze, deux fois cinq étonnés de courage,Par une lâche fuite évitèrent l’orage,Et tournèrent le dos quand tu fus assailli ;
L’autre qui fut gagné d’une sale avarice,Fit un prix de ta vie à l’injuste supplice ;Et l’autre, en te niant, plus que tous a failli.
C’est chose à mon esprit impossible à comprendre,Et nul autre que toi ne me la peut apprendre,Comme a pu ta bonté nos outrages souffrir.Et qu’attend plus de nous ta longue patience,Sinon qu’à l’homme ingrat la seule conscienceDoive être le couteau qui le fasse mourir ?
Toutefois tu sais tout, tu connois qui nous sommes,Tu vois quelle inconstance accompagne les hommes,Faciles à fléchir quand il faut endurer.Si j’ai fait, comme un homme, en faisant une offense,Tu feras, comme Dieu, d’en laisser la vengeance,Et m’ôter un sujet de me désespérer.
Au moins, si les regrets de ma faute avenueM’ont de ton amitié quelque part retenue,Pendant que je me trouve au milieu de tes pas,Désireux de l’honneur d’une si belle tombe,Afin qu’en autre part ma dépouille ne tombe,Puisque ma fin est près, ne la recule pas.
En ces propos mourants ses complaintes se meurent :Mais vivantes sans fin ses angoisses demeurent,Pour le faire en langueur à jamais consumer.Tandis la nuit s’en va, ses lumières s’éteignent,
Et déjà devant lui les campagnes se peignentDu safran que le jour apporte de la mer.
L’aurore d’une main, en sortant de ses portes,Tient un vase de fleurs languissantes et mortes,Elle verse de l’autre une cruche de pleurs ;Et d’un voile tissu de vapeur et d’orageCouvrant ses cheveux d’or, découvre en son visageTout ce qu’une ame sent de cruelles douleurs.
Le soleil, qui dédaigne une telle carrière,Puisqu’il faut qu’il déloge, éloigne sa barrière ;Mais comme un criminel qui chemine au trépas,Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche,Il marche lentement, et désire qu’on sacheQue, si ce n’étoit force, il ne le feroit pas.
Ses yeux par un dépit en ce monde regardent,Ses chevaux tantôt vont, et tantôt se retardent,Eux-mêmes ignorants de la course qu’ils font ;Sa lumière pâlit, sa couronne se cache ;
Aussi ne veut-il pas, cependant qu’on attacheÀ celui qui l’a fait des épines au front.
Au point accoutumé les oiseaux qui sommeillent,Apprêtés à chanter dans les bois se réveillent ;Mais voyant ce matin des autres différent,Remplis d’étonnement ils ne daignent paroître,Et font à qui les voit ouvertement connoîtreDe leur peine secrète un regret apparent.
Le jour est déjà grand, et la honte plus claireDe l’Apôtre ennuyé l’avertit de se taire,Sa parole se lasse, et le quitte au besoin ;Il voit de tous côtés qu’il n’est vu de personne ;Toutefois le remords que son ame lui donne,Témoigne assez le mal qui n’a point de témoin.
Aussi l’homme qui porte une ame belle et haute,Quand seul en une part il a fait une faute,S’il n’a de jugement son esprit dépourvu,Il rougit de lui-même ; et, combien qu’il ne senteRien que le ciel présent et la terre présente,Pense qu’en se voyant tout le monde l’a vu.