Le Mespris 2

Tristan L’Hermite (1601–1655)

Les Amours de Tristan

NE te ris plus de mes douleurs,Perfide ſujet de mes pleurs,Ingrate cauſe de mes plaintes,Tu ne fais plus mes desplaiſirs,Mes triſteſſes, ny mes ſouſpirs ;Tu ne me donnes plus d’attaintes,Et pour toy ie n’ay plus de craintes,D’eſperances, ny de deſirs.

Mon eſprit abhorre ta loy ;Tu m’as trop engagé ta foy,Et me l’as trop ſouuent fauſſée :Ie ſeray ſage à l’auenir ;Ma peine commence à finir,Toute mon ardeur eſt paſſée,Et ie deffends à ma penſée,De m’en faire plus ſouuenir.

Ie pourrois auecque raiſonPunir ta laſche trahizon,Et te noircir d’vn iuſte blaſme :Mais ie commence à negligerLe ſoin de te deſobliger ;Car cét obiect eſt trop infamePour n’effacer pas de mon ameLa volonté de me vanger.

Penſers, mon aimable entretien,Ne me repreſentez plus rienDes charmes de cette cruelle :Ne me venez point abuſer,Ne me venez point excuſerLes defauts de cette infidelle,Et ne me parlez iamais d’elleSi ce n’est pour la meſpriſer.