Peer Gynt — Acte 3
Translated by Maurice Prozor
Je veux une serrure à secret grande et fortePour arrêter les trolls qui viennent à ma porte ;Elle les narguera, ma serrure à secret,Et je ferai la nique au lutin indiscret.Je les entends venir, bas, à la nuit tombante.Ils frappent : « Ouvre, Peer, au lutin qui te hante !Au malin petit troll, fin comme une pensée.Ouvre donc, ouvre donc à la bande presséeDont en un seul clin d’œil le logis se remplit,Qui descendent dans l’âtre et grattent sous le lit.« Hi, hi, Peer ! Nous entrons par des portes forcées,Pas une qui résiste aux malignes pensées. »
Au château de Soria-Moria.Le roi va donner une fête.Haïe donc, hue ! haïe donc, dia !Nous allons partir. Es-tu prête ?
Haïe donc là ! Hardi ! ma bête,Que tout le monde s’émerveilleEn voyant venir à la fêtePeer Gynt escorté de sa vieille !Saint Pierre, qu’est-ce que tu dis ?Tu défends la porte à mère Aase ?Qu’avez-vous donc au paradisQui la vaille ? Ah Dieu ! pas grand’chose.Je ne te parle pas de moi.Grand merci si l’on me régale,Autrement ? Autrement, ma foi,Je tourne bride et je détale.
C’est vrai, mes tours de sacripanL’ont bien souvent mise en colère.Elle poussait des cris de paon.« Vieil oiseau », disais-je à ma mère,J’avais tort et veux, bon apôtre,Qu’on l’honore et respecte ici.Elle vaut bien autant qu’une autre ;Les bons, chez nous, sont faits ainsi.Eh ! voici venir Dieu le Père.Il va te donner ton écot.
Tu parles en portier, saint Pierre.Laisse entrer Aase, et plus un mot ! »