Sésame des Trésors des Rois
Translated from English by Marcel Proust
Sésame et les lys
Le dernier vint, et le dernier partit,Le Pilote du Lac Galiléen.Il portait deux clefs massives, chacune d’un métal différent-----(L’une d’or ouvre, l’autre d’airein ferme solidement) ;ll secoua sa chevelure mitrée et parla sévèrement ainsi :« Avec quel plaisir, jeune rustre, j’aurais pris à ta placeTant de ceux qui pour grossir leur ventreSe glissent et se faufilent et grimpent dans le troupeau !D’autres soucis ils ne se mettent guère en peineQue de savoir comment se pousser jusqu’au festin des tondeurs de brebis,Et en écarter le digne, le véritable invité ;Aveugles bouches ! à peine si eux-mêmes savent comment tenirUne houlette, ou ont appris quelque chose d’autre, si peu que ce soit,Qui ressortisse à l’art du pasteur fidèle !Que leur importe ? De qui ont-ils besoin ? Ils font leur cheminEt à leur gré leurs chants minces et vainsGrincent contre la triste paille de leurs grêles pipeaux.Les brebis affamées tournent les yeux vers eux et ne sont pas nourries,Mans, enflées de vent et des brouillards pestilentiels qu’elles respirent,Elles se corrompent intérieurement et répandent des émanations impures et contagieuses,Outre celles que l’horrible loup à la patte sournoiseChaque Jour dévore avidement, sans qu’aucun compte en soit rendu. »
D’autres soucis ils ne se mettent pas en peineQue de savoir comment se pousser jusqu’au festin des tondeurs de brebis,Aveugles Bouches !
« Sur les monuments qu’on révèreLe temps jette un charme sévèreDe leur façade à leur chevet…C’est le temps qui creuse une rideDans un claveau trop indigent…Quand ma pensée ainsi vieillissant ton attique… Se refuse enfin lasse à porter l’archivolte. »
« C’est le temps qui creuse une rideDans un claveau trop indigent. »Car déjà il s’élance vers une pensée plus belle :« Qui sur l’angle d’un marbre aridePasse son pouce intelligent, »
« Rêve à l’artiste grec qui versa de sa mainQuelque chose de beau comme un sourire humainSur le profil des propylées. »
« Tel qui donne libéralement devient plus riche,Et tel qui épargne à l’excès ne fait que s’appauvrir.L’âme bienfaisante sera rassasiéeEt celui qui arrose sera lui-même arrosé. »
Ni Pierre, ni les autres n’enlevèrent à Matthias son or et son argent…Reste donc là, car tu es justement puni, et garde bien ta richesse mal acquise…Et n’était que me retient encore le respect des clefs souveraines que tu tins dans la douce vie,J’userais de paroles encore plus sévères…
Il vous a vus, pasteurs, l’Évangéliste, lorsqu’il aperçut celle qui est assise sur les eaux se prostituant aux rois.Ah ! Constantin, de quels maux fut la source, non ta conversion, mais la dot que reçut de toi le premier pape opulent.
Et c’est encor Seigneur le meilleur témoignageQue nous puissions donner de notre dignitéQue cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge, etc.
« Le pain que je vous propose« Sert aux anges d’aliment« Dieu lui-même le compose« De la fleur de son froment.« C’est ce pain si délectable« Que ne mange pas à sa table« Le monde que vous suivez.« Je l’offre à qui veut me suivre.« Approchez. Voulez-vous vivre ?« Prenez, mangez, et vivez ! »
« Aux botanistesLe club jurassique. »