La Duchesse de Malfi
Translated from English by Georges Eekhoud
Hurlons quelque chant qui suffoqueUn cantique rauque, engorgé,Pareil à la plainte équivoqueDes corbeaux, quand il a neigé.Comme les hiboux et les fauvesHululons, glapissons en chœur,Et que, blottis dans leurs alcôves,Les sages en perdent le cœur.Et lorsque l’atroce musiqueAura corrodé nos poumons,Quand de notre chair de phtisiqueSe seront lassés les démons,Nous fêterons la Mort béniePar un hymne délicieux,Tel qu’en exhalent vers les cieuxLes cygnes blancs à l’agonie !
À présent que tout repose,L’appel morose du veilleurEt le cri du chat-huantOnt invité notre dameÀ endosser au plus viteSa robe : le linceul blanc.Qui régna sur un empireTiendra dans l’étroit caveau !Tant de fatigue à la tête !Tant de glaives dans le cœur !Viens, parfume tes cheveux !Ce linge frais sur ta chair !Un crucifix dans les mains !Pour éloigner le maudit.Profitons de la marée haute.Cesse de gémir et viens !