Bucolique

Louis Bouilhet (1821–1869)

Festons et astragales

Quand, pareilles aux blés mûrsLes étoiles toutes blondesOnt couvert des cieux obscursLes solitudes profondes,

La nuit se met en chemin.Moissonneuse à la peau bruneQui, pour faucille, à sa mainTient le croissant de la lune ;

Par le vaste firmament,Elle fauche, à perdre haleine,Les épis de diamantQui se couchent sur la plaine.

Mais le temps la presse fort,La besogne est malaisée,Et, sur la terre qui dort,Sa sueur tombe en rosée ;

Dans son grand sac tout gonflé,Elle emporte les javellesQui, comme des grains de blé,Vont semant leurs étincelles ;

Puis, quand revient le jour bleu,Elle court, traînant ses voiles,Dans les greniers du bon DieuTasser ses gerbes d’étoiles.