Chanson d’amour

Louis Bouilhet (1821–1869)

Festons et astragales

Allez au pays de Chine,Et sur ma table apportezLe papier de paille finePlein de reflets argentés !

Pour encre et pour écritoire,Allez prendre à l’AlhambraLe sang d’une mûre noireEt l’écorce d’un cédrat !

Au fond des vertes savanesOù l’oiseau pousse son cri,Ramassez dans les lianesLa plume d’un colibri !

Puis, pour sécher l’écriture,Par les prés et les sillons,Recueillez la poudre pureQui tombe des papillons !

— Alors, de ma main fidèle,Peut-être oserai-je, un jour,Tracer le doux nom de celleQui me fait languir d’amour.