Les Mains (Duchosal)
Ô mains que nous avons baisées,Mains de nos père et mère aux gestes triomphants,O mains qui sur nos fronts ensoleillés d’enfants.Tant de fois vous êtes posées !
Nous regrettons les bleus sommeils,La maison qu’on oublie au bord des eaux limpidesEt qu’emplissaient de vols rythmiques et rapidesL’essaim des mensonges vermeils.
Regrets de la paix coutumière.Des feuillages, des fleurs, et comme nous pleuronsLa mare où nos bonheurs d’enfants faisaient des rondsDans la bonne et blonde lumière.
Main d’une mère, chère mainJamais lasse de dire à nos chutes : Courage,Et d’enseigner aux cœurs ignorants de l’orageLes durs hasards des lendemains.
Main délicate, mais austère,Main d’une sœur, montrant l’Étoile de la Foi,À l’heure où l’on pouvait encor sentir en soiDescendre l’Ange du Mystère.
Ô main d’amour, joug adoré,Ô caresses vers qui vont les vœux et les craintes !Nous pleurons la douceur des mots et les étreintesEn qui nos âmes ont vibré.
Un frisson hante nos vertèbres,Nos pieds saignent, nos yeux sont pleins de cécités.Nous regrettons le songe envolé, les citésDans de magnifiques ténèbres.
Nous pleurons nos vieilles étoilesEt les enchantements de l’Île et de ThuléEt la mer adorable où, sous un ciel troublé,Fuit la grâce blanche des voiles.
Nous pleurons le rêve infini,La féerie éphémère et les nuits pleines d’astres,Et nos cœurs à jamais perdus sous les désastresDes illusions de granit.