Quelques Chansons

Gabriel Vicaire (1848–1900)

L’Heure enchantée

Le printemps, couronné de folles marjolaines,Sur la pointe des monts a mis son pied léger ;Une flûte à la main, comme un jeune berger,Du pays de l’azur il descend vers les plaines.

Quelque musique flotte à l’horizon lointain,Pareille à l’oiseau bleu qui jamais ne se pose,Et la colline d’or se perd dans le ciel roseComme un rêve d’amour dans la paix du matin.

Douce forêt, profonde et mystique chapelle,Ouvre ton porche vert à qui vient en ami ;C’est l’heure tendre ; éveille-toi, bel endormi,Éveille-roi, mon cœur, au désir qui t’appelle.

Au ciel qui s’emplit de reflets dorésMonte, en gazouillant, l’alouette grise.Avec le matin vole dans la brise,Vole, mon cœur, vole au delà des prés !

Le baiser revient aux lèvres mi-closes,Comme l’hirondelle aux toits du château.La porte d’argent s’ouvrira tantôt ;Vole, mon cœur, vole au milieu des roses !

L’heure virginale, attendant le jour,Au creux de sa main boit de la rosée ;Et puis elle rit comme une épousée.Vole, mon cœur, vole au jardin d’amour !

Et voici venir, sommeillant encore,Ses cheveux si blonds sur le ciel tout bleu,Celle qui prétend qu’elle t’aime un peu.Vole, mon cœur, vole au fond de l’aurore !