Paul Meurice (Ulbach)
Maître ! génie absent de la grande cité !Lutteur qu’aime et que craint l’archange Adversité !Voudrez-vous de ce drame où l’Histoire et la FranceEurent le poing coupé pour crime d’espérance ?
Qu’à votre fier rocher inondé de rayonsIl porte au moins les vœux que nous vous envoyons,Au nom de la patrie à votre esprit fidèle,Nous exilés de vous, à vous exilé d’elle !
Tu graves au fronton sévère de ton œuvreUn nom proscrit que mord en sifflant la couleuvre ;Au malheur, dont le flanc saigne et dont l’oeil sourit,À la proscription, et non pas au proscrit,— Car le proscrit n’est rien que de l’ombre, plus noireQue l’autre ombre qu’on nomme éclat, bonheur, victoire :À l’exil pâle et nu, cloué sur des débris,Tu donnes ton grand drame, où vit le grand Paris,Cette cité de feu, de nuit, d’airain, de verre,Et tu fais saluer par Rome le Calvaire.Sois loué, doux penseur, toi qui prends dans ta mainLe passé, l’avenir, tout le progrès humain,La lumière, l’histoire, et la ville, et la France,Tous ces dictâmes saints qui calment la souffrance,Raison, justice, espoir, vertu, foi, vérité,Le parfum poésie et le vin liberté,Et qui sur le vaincu, cœur meurtri, noir fantôme,Te penches, et répands l’idéal comme un baume !Paul, il me semble, grâce à ce fier souvenirDont tu viens nous bercer, nous sacrer, nous bénir,Que dans ma plaie, où dort la douleur, ô poète !Je sens de la charpie avec un drapeau faite.