Le Doute
L’Abîme
Quand je serai mort, après ?Le Ciel m’ouvrira sa porte ?— Dame ! clapote un cyprès.
Vers moi, les anges tout prêtsPrendront leur volée accorte :Quand je serai mort, après ?
La chair se dérobe exprèsPour que la pensée en sorte ?— Dame ! clapote un cyprès.
La tombe et ses noirs apprêtsFêtent l’âme en quelque sorte ?Quand je serai mort, après ?
Dans l’argile ou le maraisC’est le corps seul qu’on transporte ?— Dame ! clapote un cyprès.
Sur ces lugubres guéretsL’esprit plane ! donc qu’importe !Quand je serai mort, après !
L’autre vie est là, si près !Le dernier soupir y porte !— Dame ! clapote un cyprès.
Malgré ses tourments secretsMa vieille foi reste forteQuand je serai mort, après !
Le Mal doit payer ses frais,Il faut que le Bien rapporte !— Dame ! clapote un cyprès.
Eh quoi ! défunt, je seraisMoins qu’un ver et qu’un cloporte !Quand je serai mort, après ?
Pour toujours je m’en iraisOù s’en va la feuille morte ?— Dame ! clapote un cyprès.
Mon doute retend ses rets,Et ma peur se réconforte.Quand je serai mort, après ?
Mais alors les intérêtsDes jeûnes que je supporte ?— Dame ! clapote un cyprès.
Dans ces coffres en bois fraisC’est tout l’homme qu’on emporte ?…Quand je serai mort, après…
L’herbe ayant pompé l’engraisEt les sucs de ma chair morte ?…— Dame ! clapote un cyprès.
Mais au moins quelques regretsSeront ma cendreuse escorte,Quand je serai mort, après ?…— Dame ! clapote un cyprès.