Ballade des lézards verts

Maurice Rollinat (1846–1903)

Les Névroses

Quand le soleil dessèche et mord le paysage,On a l’œil ébloui par les bons lézards verts :Ils vont, longue émeraude ayant corps et visage,Sur les tas de cailloux, sur les rocs entr’ouverts,Et sur les hauts talus que la mousse a couverts.Ils sont stupéfiés par la température ;Près d’eux, maint oiselet beau comme une peintureFile sur l’eau dormante et de mauvais conseil ;Et le brin d’herbe étreint d’une frêle ceintureLeurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.

Puis, ils gagnent après tous leurs circuits d’usageLes abords des lavoirs toujours si pleins de vers ;Aux grands arbres feuillus qui font le tamisageDe l’air en feu stagnant sur tant de points divers,Ils préfèrent les houx chétifs et de travers.Lazzaroni frileux des jardins sans culture,Côtoyeurs du manoir et de la sépulture,Ils s’avancent furtifs et toujours en éveil,Dès qu’un zéphyr plus frais lèche par aventureLeurs petits flancs peureux qui tremblent au soleil.