Dominical (Elskamp)
Tiré à : 3 exemplaires sur Japon,100 exemplaires sur Hollande.
Tous numérotés.
N° 20
propitiatoirement orné parHenry van de Velde.
Et c’était comme si le monde, secouantl’ancien cilice, se vêtait de la blancherobe des églises.
Raoul Glaber, moine.
Expiant son illusion,mon âme des bons jours enfuis,dans ses chapelles d’onction,de dimanches s’est éjouie,
au for d’une petite ville,sous les chaires de vérité,seule aux accores de son îlemaladroite de bois sculpté ;
loin par le peu de ses paroles,— c’est le bonheur à mes couleurs —et novice du rire au pleur,à des jardins hauts d’herbes folles,
mon âme, d’un voyage enfantau moi que l’hier endimanche,s’en revient pour aller en blancavec les enfants des dimanches.
Ils sont venus, ils sont venus,naïvement nus et goulus
de raisins de verre et de cierges,sur les bras longs des saintes-vierges,
les dimanches ; sonnez matines,Frère Jacques en mes doctrines.
Or c’en est fini des semainesoù, dans l’eau, mains rouges, l’on peine ;
il fait chaude joie dans le cœuret les arbres chantent en chœur,
puis se taisent et font silenceavec un faux air d’innocence.
Car ils sont venus les dimanchesrêvés tout au long des nuits blanches,
et par la ville, les enfantschanteurs de paysages blancs,
font les oiseaux et s’inquiètentque si matin il fasse fête,
tandis que de messes en quête,les vieilles gens perdent la tête.
Or, dans les rues et les ruellesoù sonnent fraîches les chapelles,
les femmes en robes nouvelless’éplorent de se trouver belles ;
Frère Jacques, sonnez matinesà leurs douces villes félines.
Et la ville de mes mille âmesdormez-vous, dormez-vous ;il fait dimanche, mes femmeset ma ville dormez-vous ?
Et les juifs, honte à mes ruelles,dormez-vous, dormez-vous ;— Antiquités et Dentelles —même les juifs dormez-vous ?
Et, vous, mes doux marchands de cierges,dormez-vous, dormez-vous ;aux litanies de la Viergeimmaculée, dormez-vous ?
Clochers, l’on a volé vos heures,dormez-vous, dormez-vous ;Frères Jacques aux demeuresde quel sommeil dormez-vous ?
Bonnes gens, il fait grand dimanche,et de gel, et de verglas,à la ville qu’endimanchentles drapeaux des consulats.
Et s’ébrouantrouets rouant,les rouets au matin des vieilles,leur font s’éjouir les oreillesd’un bruit rouantet s’ébrouant.
Brouet brouantaux vieux Rouen,arde pour les enfants aux langes,en feu, la cuisine des anges,d’aux vieux Rouen,brouet brouant.
Fleuries, fleurant,si bon fleurant,aux autels, les femmes ont crainte,pour leur robes jaune-hyacinthe,fleuries, fleurant,si bon fleurant.
Donné — donnant,les bons manantscomptent l’argent sur leurs doigts pauvres,pour quelques roses de Hanovredonnées — donnant,mortes — mourant.
Mais, dans un châteaudu paradis est mon âme,et, sourde, lui dit Sainte Anne,une histoire longue, et trop haut,dans un beau château.
Dans un beau château,la Vierge, Jésus et l’ânefont des parties de campagneà l’entour des pièces d’eau,dans un beau château.
Dans un beau château,Jésus se fatigue aux rames,et prend plaisir à mon âmequi se rafraîchit dans l’eau,dans un beau château.
Dans un beau château,des cormorans d’azur clamentet courent après mon âmedans l’herbe du bord de l’eau,dans un beau château.
Dans un beau château,seigneur auprès de sa dame,mon cœur cause avec mon âmeen échangeant des anneaux,dans un beau château.
Or, les autres des bras en gestes,et des baisers, et des yeux ronds,les gens du dimanche qui vonten voyage avec tant de gestes,
bon voyage, les trains vont vite,aux carrousels des horizonssautent les arbres, les maisons,bon voyage, les trains vont vite.
Bon voyage, les jours sont longsaux pays neufs et qui s’indurentde mirages et d’aventures,bon voyage, les jours sont longs.
Bon voyage, et races latines,au bout des très-chrétiennes mersdes planisphères outre-mer,bon voyage, et races latines.
Bon voyage, faites naufrage ;bon voyage, pour avoir faim,au soir, en voyant les moulinsà tour de bras faire du pain.
Et je m’en reviens de merpauvre pécheur,maintenant et à l’heurede ce dimanche,ainsi soit-il.
Et je m’en reviens de l’eau,les rames haut,sonnant comme des heures,au beau dimanche,ainsi soit-il.
La voile a coulé dans l’eaumon beau bateau,maintenant sonne l’heured’un beau dimanche,ainsi soit-il.
Or la voile, l’aient les tailleurs,aussi la mer,alors que sonne l’heured’un beau dimanche,ainsi soit-il.
Un dimanche est dans mon cœur,pauvre pécheur,maintenant et à l’heurede ce dimancheainsi soit-il.
Et voile à nul souffle bercée,s’enguidonne d’un beau ciel d’or,le dimanche très en décorpour les femmes de mes pensées ;
et les femmes ont dépenséleur cœur tout devant les fenêtres,et creusent d’amour enlisées,jusqu’au pleur ce ciel des fenêtres.
Vierges d’attente et de martyre,au gril vert des persiennes lasses,dans les jardins des croisées basses,les femmes, jusqu’à se mourir,
cristallisent rouge aux fenêtres— appeaux naïvement enfants —leur cœur sous les tabliers blancs,et tels des rideaux aux fenêtres.
Or, en vain, les femmes, amantesd’aimer, se sentent infinies,leurs besognes sont définies,et pauvre leur cœur de servantes
froidit, pour que se fassent blanchesleurs mains, en très naïves grèves,dans la comédie bleu du rêve.Or, passent ainsi les dimanches.
J’ai triste d’une ville en bois,— tourne, foire de ma rancœur,mes chevaux de bois de malheur —j’ai triste d’une ville en bois,j’ai mal à mes sabots de bois.
J’ai triste d’être le perdud’une ombre et nue et mal en place,— mais dont mon cœur trop sait la place —j’ai triste d’être le perdudes places, et froid et tout nu.
J’ai triste de jours de patins— Sœur Anne ne voyez-vous rien ? —et de n’aimer en nulle femme ;j’ai triste de jours de patins,et de n’aimer en nulle femme.
J’ai triste de mon cœur en bois,et j’ai très-triste de mes pierres,et des maisons où, dans du froid,au dimanche des cœurs de bois,les lampes mangent la lumière.
Et j’ai triste d’une eau-de-viequi fait rentrer tard les soldats,au dimanche ivre d’eau-de-vie,dans mes rues pleines de soldats,j’ai triste de trop d’eau-de-vie.
Je n’ai plus de ville, Elle est soûle,et pleine de cœurs rénégats,aux tavernes du Golgotha,j’en suis triste jusqu’à la mort ;je n’ai plus de ville, Elle est soûle.
Mon Dimanche est mort pour de bon,dans les armoires de mes tortsmes robes ont changé de ton,vides, les robes de ma mortsont mortes et pour tout de bon.
Et sont mortes les bien-aimées ;et ma seule religion,aux huiles d’extrême-onction,va mourir loin des bien-aimées ;la mort meurt et les bien-aimées.
Et tout vit, pour que bien s’annulela chair dans les robes qui brûlent,où les baisers même sont mal ;et tout vit pour que bien s’annulela chair dans les robes qui brûlent.
Vierge des dimanches solaires,des dimanches, des beaux dimanches,aux vieux almanachs de calvaire ;Vierge, ils s’en vont les beaux dimanches,Vierge des dimanches solaires.
Vierge, comme vous savez rireet sourire comme on pardonne ;Vierge, au pauvre petit martyredes enfantines Babylone,Vierge comme vous savez rire.
Vierge, aux ors mats de bas-empiresmon cœur de bon chrétien se pleure,Vierge, aussi c’est tout seul mon cœuren ma bien-aimée que déchiresur des fonds d’or un bas-empire,
un bas-empire où levantinset juifs dont l’on voudrait mourir,ont vendu les soirs, les matins,et la bonté de votre rire,Vierge, qui dites comment rire.
Vierge des dimanches solaires,est-il un dimanche à venirpour une ville de plein-air,une douce ville à bâtir,où, dans la vie, on pourra rire ?
Maçons de ma communionen œuvre pour la ville-extase,faîtes rire la blanche grâcedes églises et des maisons,maçons de ma communion.
Maçons des mains, maçons des pieds,levez dans mes loins terrains vagues,la ville en rond comme une bague,et d’enfants pleine, et de pitié,maçons des mains, maçons des pieds.
Maçons de joie sur les échelles,maçons tout droit dans du beau ciel,couvrez-les, mes maisons nouvellesde chaume blond ainsi qu’un miel,maçons de joie sur les échelles.
Maçons très-doux, prenez la neigepour mortier, et n’oubliez pointles bonnes madones aux coinsdes ruelles où sont les miens ;maçons très-doux, prenez la neige.
Maçons, du revers des truelles,écrasez et juifs, et serpents ;maçons, en beaux tabliers blancs,bâtissez au chant des truelles,la ville de mes trois arpents.
Or, aux ouvre-toi Sésame,d’une ville en raccourcis,le Grand Turc de mes méprism’a surpris et vendu l’âme.
Marchands d’huile de Sésame,et juifs de honte à poils gris,ont mis leurs doigts de méprisà ma gorge, et sur mon âme.
Sur leur gorge et sur leur âme,allez mes navajas bleus,et mes arquebuses : feu !sur leur gorge et sur leur âme ;
Dimanche ! et soit ville feue,leur ville de mes mépris ;doux dimanche en Jésus-Christ,dimanche à leur ville feue;
car leurs villes et leurs femmes,leurs villes de circoncism’ont surpris et vendu l’âme ;Sésame, ouvre-toi Sésame.
Or, au dimanche froid, maritime et d’hiver,aux lèvres amer,d’une ville très port-de-mer,dans un dimanche froid, maritime et d’hiver ;
aux quatre heures de soir longues d’après-dinéede lampes allumées,— et lasses, et comme enfumées —des quatre heures de soir longues d’après-dinée ;
de la famille nous est venue visiter,— famille d’été,et de soleil très endettée, —de la famille nous est venue visiter.
Or, avec les mains bleues de leurs jours de navires,plus debout qu’assis,disant en anglais raccourcisle parler de leurs mains comme aux jours des navires,
les parents de retour des bonnes Australies,et riches trop tard,— oncles d’Amérique et soudards —les parents de retour des bonnes Australies,
les grands-parents sous la lampe jaune en allés,pour prendre le thé,graves et de sollennité,les grands-parents sous la lampe jaune en allés,
de mains m’ont fait signe d’être à l’enfant-très-femme,— très-femme et très-âme —les parents de celle de l’âme,de mains m’ont fait signe d’être à l’enfant-très-femme ;
et parlant de profil, comme à des yeux fermés,Ils ont dit très-doux :Nous sommes ceux venus vers vouset d’annonciation vers la bien-aimée.
Or, puisqu’ils l’ont dit les grands-parents,que mon bonheur est avec Vous ;puisqu’ils l’ont voulu les grands-parents ;
puisqu’ils Vous ont désignée de geste,soyez ma belle chanson de geste,et, trop, n’ayez crainte en moi vers Vous.
Car sachez que je suis un enfant,et que Vous êtes un peu moi-même,comme l’avaient dit les grands-parents ;
et que j’ai plein, pour Vous, dans mon âmed’une susceptibilité bonne,comme seule en a fleuri Votre âme ;
et que je veux que Tu me pardonnespour tout le bien que je sais en moi,moi qui veux tant que Tu me pardonnes.
Mais j’ai construit*
Et Vous serez ma belle actrice,mon bourreau d’or et mon supplice,
et mes pinceaux et mes couleursà tous les panneaux de mon cœur ;
et Vous serez mon eau-de-viequi fait rire, au verre, la vie ;
et, de nuit, Vous serez mon songede femmes dans les bleues féeries
des lampes de candeur qui plongentaux abysses des insomnies.
Mais j’ai construit*
Mais j’ai construit une petite maisondans les lointains dimanches où je fus seul ;mais j’ai construit une petite maison ;
et j’ai voulu qu’il n’y fut d’autres, au seuil,que Vous, et Votre tête, et Vos belles mains,et Vos yeux qui semblent des ronds dans l’eau ;
et j’ai choisi, pour mon unique musique,Votre voix qui me dira comme de l’eau,aux dimanches où sera Votre musique ;
et j’ai trouvé de très-étranges parfumsqui deviendront Votre chair et Votre robe,en chemin de senteur vers Vos cheveux bruns ;
Et j’ai construit une petite maisondans tes lointains dimanches où je fus seul,mais j’ai construit en Vous seule ma maison.
Mais j’ai construit*
Car Vous verrez, au sang de mes veines,une plante bien-aimée qui marchevers mon bon cœur, et monte les marchesde tous mes bonheurs et de mes peines :
et c’est Vous qui serez cette reine,par les silencieuses langueursde mes pensées changeant de couleur,et c’est Vous qui serez cette reine ;
car Vous serez bonne de bontéà ma grand’ville végétative,loin des pâles féodalitésde mes seigneureries maladives.
Mais j’ai construit*
Or, loin des juifs et d’obscénité,des juifs et du faux regard qui tente,au dimanche de la nudité,et loin des juifs qui voient et qui mentent,
avec Vous, j’irai songer nos corpsvers les étangs nouveaux sous les arbres,et, loin, voir s’ils feraient bien en marbre,dans la forêt où la Belle dort ;
ou plus doux, nous irons, en décor,évangéliser les innocencesde la chair que nous sommes encordans le bon vierge de l’inscience,
en des jeux d’enfants, lénifiésde Vos cheveux et des mains heureusesdes anges sûrs de Nos chairs dormeuses,et de l’Animal pacifiées.
Mais j’ai construit*
Mais joie morte, et bien plus mort dimanche,c’est la fin d’aimer, car Vous partez ;et jeux, c’est la mer devenue blanchedes mouchoirs d’adieux, car Vous partez ;
et c’est déjà trop tard à du soir,et le ciel tout équivoque d’anges ;et c’est déjà trop tard à du soir,et déjà Vous êtes comme un ange ;
car loin du toujours, loin du jamais,c’est au pays du bleu paradisque Vous allez planter un beau mai,et loin du toujours, loin du jamais ;
et loin de moi qui vais bien pleureraprès Vous d’adieux au grand vaisseau lent,d’où si loin sont, et tant adorées,vos mains en petits pavillons blancs.
Mais les anges des toits des maisons de l’Aimée,les anges en allés tout un grand jour loin d’Elle,reviennent par le ciel aux maisons de l’Aimée ;
les anges-voyageurs, buissonniers d’un dimanche,les anges-voyageurs se sont fait mal aux ailes,les anges-voyageurs, buissonniers d’un dimanche ;
les anges-voyageurs savent le colombier,et se pressent, au soir, vers le cœur de l’Aimée,les anges-voyageurs savent le colombier ;
mais les plus petits anges se donnant la main,les plus petits anges se trompent de chemin,mais les plus petits anges sont encor très-loin ;
et les anges plus las, sur leurs bateaux à voiles,ont le mal de la mer, et du ciel, et des îlesd’or et qui, des villes, ont un faux air d’étoiles ;
et les anges ont froid parmi les hirondelles,et leurs pieds, et leurs mains, et leurs coudes sont rouges,et les anges mettent leurs bras nus sous leurs ailes ;
et la bien-aimée s’inquiète d’eux, au soirde dimanche, où les enfants de la ville chantentplus fort depuis que les rues et les toits sont noirs.
Anges, des mauvaises maisonsdans le noir et mes yeux voyagent ;anges de velours, anges bons,mes yeux en sont à des images
où mes lèvres cherchent la placeau baiser la plus harmonique,et ma bouche berce, en musique,entre les seins nus des Trois-Grâces.
Anges, la chair du soir m’envoûte,et j’ai plus mal à ma migraineoù la femme, en feu, de mes veinessiffle dans les eaux de mes doutes ;
et des cheveux tombés me peinent,et mes mains pour errer n’ont place ;et frais, le boire-aux -yeux me glacecomme d’un bain à des fontaines.
Anges, des ventres me saluent,au chapitre vague des moelles,sous des yeux, comme des étoiles,derrière une montagne nue
où, des robes, le rein dégorge,ceint ainsi que de zodiaques,par les ceintures d’or qui parquenthaut, les cimes dures des gorges ;
anges du ciel qui n’est plus mien,la reine de Saba me baisesur les yeux ; anges très-chrétiens,dans le noir des maisons mauvaises.
Mais les anges sont morts de peine,et la chair aussi s’est éteinte,et les lampes, comme en la crainted’éclairer, fument et se traînent ;
et des roues dorées s’embarrassentà la voie blanche des plafonds,avec des yeux gros dans des rondsd’indéterminables surfaces.
Mais les yeux, faites les joyeuxet faites des baisers les bouches,car viennent les enfants qu’on couche,mais les yeux, faites les joyeux ;
allez, les doigts, aux vieux ouvrages,qui n’avancent depuis longtemps,allez, pour le tuer le temps,allez, les doigts à des ouvrages,
dans le rituel doux des lampesoù les grands parents protestants,au dimanche long se mourant,ont mal de sang trop lourd aux tempes.
Mais voici venir une maladie,le dimanche a pris un mal de langueur,le dimanche est bas d’une maladie,
et les médecins venus l’abandonnentle vieux dimanche, puisqu’il doit mourir ;et les médecins venus l’abandonnent.
Mais, auprès de lui, restez sans rien direles enfants auprès des grandes personnes.Mais, auprès de lui, restez sans rien dire,
avec les douces sœurs noires qui pleurentde cloches, et toutes les demi-heures,avec les sœurs noires douces qui pleurent.
Mais habituez-vous à voir mourir,les yeux aux cadrans attendant les heures,mais habituez-vous à voir mourir,
et faites taire les enfants qui pleurent,et faites taire ceux qui très-faux chantentseuls au repas languissant de sept heures ;
et les plus petits des nuits décevantes,et trop tôt couchés pour avoir sommeil,mais envoyez-leur les bonnes servantes.
Or, faites venir les femmes qu’il aime,le dimanche, et qu’il a vues au soleil ;faites venir vite celles qu’il aime ;
mais prenez pitié du soir de soi-même,au dimanche qui ne sait pas mourir,après le départ de Celle qu’on aime.
Et tout au fond du domaine loin,où sont celles que l’on aime bien,la plus aimée me pleure, perduede ma mort aux semaines venue ;la plus aimée de mon cœur s’attriste,et plonge ainsi que des fleurs ses mains,aux sources de ses yeux de chagrin,la bien-aimée de mon cœur s’attriste.
Et tout au fond du domaine loin,la bien-aimée a mis ses patins,se sentant dans le cœur de la glace,et loin vers moi s’efforce et se lasse ;la bien-aimée accroche aux vitrauxde la chapelle d’où l’on voit loin,avec le pain, le sel et les anneaux,ma pauvre âme, elle, qui ne meurt point.
Et tout au fond du domaine loin,la bien-aimée ne pleurera plusles beaux jours de fêtes révolus,aux bagues de famille à ses mains ;la bien-aimée m’a vu comme un saintpromettant un éternel dimanche,aux âmes enfantines et blanches,et tout au fond d’un domaine loin.
Or, les juifs aussi sont venus,mauvaisement nus et goulus,
et la fièvre blanche aux gencives,et la sueur du cœur et juive.
Et des villes où sont les ports,sur les vaisseaux noirs de la mort,
et pour vendre, et pour acheter,le peu du dimanche resté
de dépouille et de friperie,ils sont venus dès l’agonie,
ils sont venus les levantins,aux fièvres du soir de mes fins,
s’enivrer des froides épongessur mon front pour calmer des songes.
Or, ils sont venus les laids juifs,les très-laids petits enfants juifs,
de teigne et d’induration,voir mourir de consomption
mes enfants qui vont vers les anges,et la vie félice des langes,
au minuit d’une lune blanche ;mes très-chrétiens et bons dimanches.
Et lors, c’est la fin venue de mes fêtes,et puis la vieillesse aussi de ma tête ;
rentrez les drapeaux dans l’humiditéde la nuit, mes drapeaux de vanité ;
tout est fini, les dimanches sont morts,mes pauvres petits dimanches sont morts.
Qu’importe d’adieux; ce sont les semainesà présent, et les mains rouges qui peinent,
et bien heureux sont ceux d’âme assez forteque le travail attend, bon, à leur porte ;
les semaines sont et les mains sont reines,et s’en vont du port blanches les carènes
des beaux vaisseaux de dimanche attardés.Or, c’est fini de très-loin regarder,
en des nonchaloirs heureux de rien faire,et déjà les juifs reparlent d’affaires.
Et lors, c’est la fin venue de mes fêtes,et puis la vieillesse aussi de ma tête,
tout est fini, les dimanches sont morts.
Mes pauvres petits†
Mes pauvres petits dimanches sont morts.