Adieu

May Ziadé (1886–1941)

Fleurs de rêve

Adieu, montagnes libanaises !Je vais bien loinDe vos festons mauves et fraisesDe clair satin.

L’Égypte où j’habite m’appelle,Timbre profond ;Et déjà vogue ma nacelle,Rythme fécond !

Ô mer, murmure tes berceusesCar j’ai bien mal !Plaignez-vous, vagues langoureusesDu sol natal !

Ah ! ne t’éloigne pas si vite,Liban chéri !Ce soir d’adieu mon cœur s’agiteTout attendri…

Tes nuits ont mis dans ma prunelleLa sombre nuitEt dans mon âme une parcelleD’éclair qui luit ;

Les dentelles de tes cascadesOnt fait mon cœurTissé de fleurs, de sérénades,D’amour berceur ;

Aux caprices de ta natureJ’ai pris les miens,De tes bois où l’Esprit murmure ;Mes entretiens ;

Et mon âme est parfois sauvageComme un oiseauQui rêve lors de son passageAu bord de l’eau.

Et parfois je me sens si douce,Douce à pleurer,Rien qu’à toucher la tendre mousse,Où l’effleurer…

Ce soir je te vois, c’est un rêveEt qui finit !Tu disparais, au chagrin trêveAdieu, mon nid !!

Je t’aime, ô Liban, je t’adore !Liban, adieu !Dans ce mot mon cœur s’évapore…

Adieu ! Adieu !