Traduction Séguier — 36

Ovid (43 a. C. – 17 d. C.)

Translated from Latin by Ulysse de Séguier

Les Amours

Tandis qu’en vers tu peins Achille sous sa tente,Et les Ajax et les Nestor,Macer, je reste aux pieds de Vénus indolente ;L’Amour amollit mon essor.Souvent j’ai dit : « Assez ! » et « Pars ! » à ma maîtresse,Lors elle a fui… sur mes genoux.« J’ai honte, » ai-je encor dit ; mais elle, avec détresse :« Quoi ! rougir de nos feux si doux ? »

Et, ses bras m’enlaçant, sa bouche, pour ma perte,M’a prodigué mille baisers.Je suis vaincu, mon luth des jeux de Mars déserte ;Je chante les miens plus aisés.

Pourtant j’ai manié le sceptre, et MelpomèneM’assurait les bravos romains :Cupidon a raillé mes cothurnes, ma veine,Et ce sceptre en de jeunes mains.Ma belle, impérieuse, à son tour me l’arrache,Et l’Amour bat le chantre altier.À polir ses leçons se borne donc ma tâche :Las ! j’y succombe le premier.

Ou j’écris les propos d’une épouse d’élite,Ou je peins, Phyllis, ton émoi ;L’ingrat Jason, Pâris, Macarée, Hippolyte,Thésée, ont des lettres de moi.D’Élise, au glaive nu, je retrace les plaintesEt de Sapho les brûlants vers.Que, grâce à mon Sabine, ô réponses, vous vîntesPromptement de lieux si divers !La chaste Pénélope a lu le sage Ulysse ;Phèdre, son beau-fils pudibond.Énée a de sa reine ajourné le supplice :Phyllis vit-elle ? on lui répond.Hypsipyle a reçu de Jason l’adieu triste ;Gloire à Phébus ! redit Sapho.

Et toi, Macer, de Mars tout en suivant la piste,Amour te prête son flambeau.Dans tes vers sont entrés Paris, la folle Hélène,Laodamie aimant si bien....À mon avis, Cythère est aussi ton domaine :Tu vas de ton camp dans le mien.