Le jeune chat et la souris
Fables canadiennes — 02
LE JEUNE CHAT ET LA SOURIS
Un jeune chat venait de prendreUne souris ;Il en sautait de joie, et ça peut se comprendre,Vu qu’il n’avait jamais rien pris.Il était demeuré jusqu’alors à l’étudeDe son métier,Avait été nourri par la sollicitudeD’un vieux chat du quartier ;Car l’histoire rapporte
Que sa mère était morteEn allant à la chasse au milieu des fourrés.Les détails de sa mort n’ont pas été narrés.Donc notre petit chat, tout fier de son adresse,Voulut prolonger son plaisirEn lâchant pour la ressaisir,Avec plus d’art que de tendresse,La souris qui tremblait de peur.Il avait, je suppose,Vu pratiquer la choseAu vieux chat son tuteur.Il la faisait sauter au dessus de sa têteOu bien rouler à quelques pas,Et la pauvre petite bêteTentait de s’échapper mais ne le pouvait pas,Car la griffe aiguiséeLa reprenait toujours.Elle était épuiséeEt n’espérait plus de secours,Quand son jeune ennemi, trop grisé par la joie,Avant de lui croquer le cou,Pour lui rendre l’espoir, cruellement l’envoieRouler au bord d’un trou.
— Je suis assez habile,Se disait-il d’un ton badin,Pour la prendre avant qu’elle filePar ce nouveau chemin.Pour moi c’est double fête,En vérité,Que de la prendre encor pendant qu’elle s’apprête ?À jouir de la liberté,Et c’est pour ellePeine deux fois mortelle.Il se trompa ;La souris s’échappa.
Il faut bien quelquefois infliger des supplices ;C’est un devoir des plus touchants ;Mais il faut se garder de mettre ses délicesDans les angoisses des méchants.