Les Vaines Danseuses

Paul Valéry (1871–1945)

Celles qui sont des fleurs légères sont venues,Figurines d’or et beautés toutes menuesOù s’irise une faible lune… Les voiciMélodieuses fuir dans le bois éclairci.De mauves et d’iris et de nocturnes rosesSont les grâces de nuit sous leurs danses écloses.Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or !Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mortEt de l’eau mince luit à peine, reposéeComme un pâle trésor d’une antique roséeD’où le silence en fleur monte… Encor les voiciMélodieuses fuir dans le bois éclairci.Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses ;Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieusesEt leurs bras merveilleux aux gestes endormisAiment à dénouer sous les myrtes amisLeurs liens fauves et leurs caresses… Mais certaines,Moins captives du rythme et des harpes lointaines,S’en vont d’un pas subtil au lac enseveliBoire des lys l’eau frêle où dort le pur oubli.