En sourdine
Fêtes galantes (1891)
EN SOURDINE
Calmes dans le demi-jourQue les branches hautes font,Pénétrons bien notre amourDe ce silence profond.Fondons nos âmes, nos cœursEt nos sens extasiés,Parmi les vagues langueursDes pins et des arbousiers.
Ferme tes yeux à demi,Croise tes bras sur ton sein,Et de ton cœur endormiChasse à jamais tout dessein.Laissons-nous persuaderAu souffle berceur et douxQui vient à tes pieds riderLes ondes de gazon roux.Et quand, solennel, le soirDes chênes noirs tombera,Voix de notre désespoir,Le rossignol chantera.