Pour E

Paul Verlaine (1844–1896)

Invectives

LXVIIPOUR E…

Tu me fais un peu mal à la tête,Ô jalouse ainsi que le soupçon,Je ne suis pas toujours à la fêteAlors que tu me fais la leçonÔ doctoresse en droit féminin,Épargne un peu ce moi, ta conquête,Et fais-lui le don félin, canin,De ta compétence qui me guette,Ta compétence en le droit charmantQu’ont les femmes, hélas ! sur nos âmesD’hommes et même sur nos vraimentFaibles corps d’hommes, ô vous, les femmes…

Ô toi, ma femme, ô toi, laisse-moiT’aimer beaucoup sans surtout trop croireQue je ne t’aime que pour la gloire.Non, je t’aime encore pour l’émoi,Pour ce cher émoi de notre chairCommune comme un bien qu’on partage,Alors que nous sommes au lit cherÀ notre chair laissée en otageDe notre cœur ô que mutuel,De notre âme ô combien réciproque,De notre amour si doux, si cruel,Que je le crois seul de son époque.