Conseil falot
Jadis et naguère (1891) — Jadis
Brûle aux yeux des femmesEt garde ton cœur,Mais crains langueurDes épithalames.
Bois pour oublier !L’eau-de-vie est uneQui porte la luneDans son tablier.
L’injure des hommesQu’est-ce que ça fait ?Va, notre cœur saitSeul ce que nous sommes.
Ce que nous valonsNotre sang le chante !L’épine méchanteTe mord aux talons ?
Le vent taquin oseTe giffler souvent ?Chante dans le ventEt cueille la rose !
Va, tout est au mieuxDans ce monde pire !Surtout laisse dire,Surtout sois joyeux
D’être une victimeÀ ces pauvres gens :Les dieux indulgentsOnt aimé ton crime !
Tu refleurirasDans un élysée.Âme méprisée,Tu rayonneras !
Tu n’es pas de cellesQu’un coup du DestinDissipe soudainEn mille étincelles.
Métal dur et clair,Chaque coup t’affineEn arme divinePour un destin fier.
Arrière la forge !Et tu vas frémirVibrer et jouirAu poing de saint George
Et de saint Michel,Dans des gloires calmes,Au vent pur des palmesSur l’aile du ciel !…
C’est d’être un sourireAu milieu des pleurs,C’est d’être des fleurs,Au champ du martyre,
C’est d’être le feuQui dort dans la pierre,C’est d’être en prière,C’est d’attendre un peu !