Fifi s’est réveillé

Paul Verlaine (1844–1896)

Odes en son honneur

Fifi s’est réveillé. Dès l’aube tu m’as ditBonjour en deux baisers, et le pauvre petitPépia, puis remit sa tête sous son aileEt tut pour le moment sa gente ritournelle.Ici je te rendis pour les tiens un baiserMultiforme, ubiquiste et qui fut se poserDe la plante des pieds au bout des cheveux sombresAvec des stations aux lieux d’éclairs et d’ombres,Un jeu (car tu riais) ridiculement doux,Et, brusque, entre les tiens je poussai mes genoux,

Tôt redressé sur eux et, penché vers ta bouche,Fus brutal sans que tu te montrasses farouche,Car tu remerciais dans un regard mouilléC’est alors que Fifi, tout à fait réveillé,

Le mignon compagnon ! comparable aux bons drillesQue le bonheur d’autrui ne fait pas envieux,Salua mon triomphe en des salves de trillesQue tout son petit cœur semblait lancer aux cieux.

Il sautillait, fiérot, comme un gars qui se cambre,Acclamant un vainqueur justement renommé,Et l’aurore éclatant aux carreaux de la chambreAttestait sans mentir que nous avions aimé.