« Voix de l’Orgueil : un cri puissant comme d’un cor »

Paul Verlaine (1844–1896)

Sagesse (1902)

Voix de l’Orgueil ; un cri puissant, comme d’un cor.Des étoiles de sang sur des cuirasses d’or,On trébuche à travers des chaleurs d’incendie…Mais en somme la voix s’en va, comme d’un cor.

Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdieDe neige lente. Il fait si froid ! Lourde, affadie,La vie a peur et court follement sur le quaiLoin de la cloche qui devient plus assourdie.

Voix de la Chair : un gros tapage fatigué.Des gens ont bu. L’endroit fait semblant d’être gai.Des yeux, des noms, et l’air plein de parfums atrocesOù vient mourir le gros tapage fatigué.

Voix d’Autrui : des lointains dans les brouillards. Des nocesVont et viennent. Des tas d’embarras. Des négoces.Et tout le cirque des civilisationsAu son trotte-menu du violon des noces.

Colères, soupirs noirs, regrets, tentationsQu’il a fallu pourtant que nous entendissionsPour l’assourdissement des silences honnêtes.Colères, soupirs noirs, regrets, tentations,

Ah ! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes,Sentences, mots en vain, métaphores mal faites,Toute la rhétorique en fuite des péchés.Ah ! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes !

Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.Mourez à nous, mourez aux humbles vœux cachésQue nourrit la douceur de la Parole forte,Car notre cœur n’est plus de ceux que vous cherchez !

Mourez parmi la voix que la prière emporteAu ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porteEt dont elle tiendra les sceaux au dernier jour,Mourez parmi la voix que la prière apporte,

Mourez parmi la voix terrible de l’Amour !