Préface de la seconde Edition

Pierre Charron (1541–1603)

De la sagesse

Tu penses que je n’ay rien de quoy me vanger,Sinon que tu n’es faict que pour boire et manger.Mais j’ay bien quelque chose encore plus mordante,C’est, pour le faire court, que tu es un pedante.

La Sagesse est à nud, droicte et sans artifice,D’Oliue et de Laurier son chef est verdoyant.

Son mirouër est tenu des doigs du foudroyant,Et s’eslesue au dessus du Cube de justice.

Sous ses pieds au carcan, les meres de tout viceForcenant de despit, grommelant, aboyant,Contr’elîe en vain l’effort de leur rage employant,Tant de Sagesse est fort et ferme l’édifice.

La Passion s’anime impétueusement ;Le Peuple fauorise et porte obstinémentLa folle Opinion, sourde aveugle et perverse :

Tremblante, sans sçauoir, la SuperstitionS’estrangle d’elle mesme ; et la PresomptionDe la Pedanterie est mise à la renverse.

C. D. F. E. D. B,

Superanda omnis fortuna ferendo est.