Poème 138

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Les Amours (1553)

Dieus, si là haut s'enthrône la pitié,En ma faveur, ores ores qu'on jetteDu feu vangeur la meurtriere sagette,Pour d'un mauvais punir la mauvaistié,

Qui seul m'espie, & seul mon amitiéVa detraquant, lors que la nuit segrette,Et mon ardeur honteusement discrette,Guident mes pas où m'atent ma Moitié.

Accablés, Dieus, d'une juste tempesteL’œil espion de sa parjure teste,Dont le regard toutes les nuis me suit :

Ou lui donnés l'aveugle destinéeQui aveugla le malheureus Phinée,Pour ne voir rien qu'une eternelle nuit.