Poème 198

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Les Amours (1553)

Celui qui fit le monde façonnéSur le compas de son parfait exemple,Le couronnant des voûtes de son temple,M'a par destin ton esclave ordonné.

Comme l'esprit, qui saintement est néPour voir son Dieu, quand sa face il contemple,De touts ses maus un salaire plus ampleQue de le voir, ne lui est point donné :

Ainsi je pers ma peine coutumiereQuand à lons trais jœillade la lumiereDe ton bel œil, chefdœuvre nompareil.

Voilà pourquoi, quelque part qu'il sejourne,Tousjours vers lui maugré moi je me tourne,Comme un Souci aus raions du Soleil.