Que tu es, Ciceron, un affetté menteur

Pierre de Ronsard (1524–1585)

Que tu es, Ciceron, un affetté menteur.Qui dis, qu’il n’y a mal si non que l’infamie !Si tu portois celui que me cause m’amie,Pour le moins tu dirois que c’est quelque malheur.Je sen journelement un aigle sus mon cœur,J’entens un soing grifu, qui comme une FurieMe ronge impatient : puis tu veus que je dieAbusé de tes mots, que mal n’est pas douleur.Vous en disputerés ainsi que bon vous sembleVous philosophes Grecs, et vous Romains ensemble,Si esse que d’amour le travail langoreuxEst douleur, quand un œil l’encharne dedans l’ame :Et que le deshonneur, la honte, et le diffameN’est point de mal au pris du torment amoureus.