Sonnets pour Hélène
Si c’est aimer, Madame, et de jour et de nuictResver, songer, penser le moyen de vous plaire,Oublier toute chose, et ne vouloir rien faireQu’adorer et servir la beauté qui me nuit :
Si c’est aimer de suivre un bon-heur qui me fuit,De me perdre moy mesme et d’estre solitaire,Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,Pleurer, crier mercy et m’en voir esconduit :
Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moy mesme,Cacher d’un front joyeux une langueur extrême,Sentir au fond de l’ame un combat inégal,Chaud, froid, comme la fiévre amoureuse me traitte :Honteux parlant à vous de confesser mon mal :
Si cela c’est aimer, furieux je vous aime.Je vous aime, et sçay bien que mon mal est fatal :Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.
Tant de fois s’appointer, tant de fois se fascher,Tant de fois rompre ensemble et puis se renouer,Tantost blasmer Amour et tantost le louer.Tant de fois se fuyr, tant de fois se chercher,
Tant de fois se monstrer, tant de fois se cacher,Tantost se mettre au joug, tantost le secouer,Advouer sa promesse et la desadvouer,Sont signes que l’amour de près nous vient toucher.
L’inconstance amoureuse est marque d’amitié.Si donc tout à la fois avoir haine et pitié,Jurer, se parjurer, sermens faicts et desfaicts.
Espérer sans espoir, confort sans reconfort,Sont vrais signes d’amour, nous entr’aimons bien fort :Car nous avons tousjours ou la guerre ou la paix.