Notes

Plotin (205–270)

Translated by Marie Nicolas Bouillet; M. N. Bouillet

Ennéades — VI — Livre 6

DES NOMBRES.

Ce livre est le trente-quatrième dans l’ordre chronologique.

Le lien qui le rattache à la doctrine générale de Plotin sur les idées est indiqué par notre auteur dans l’Ennéade V, liv. I, § 5, p. 11-12.

Plotin a puisé non-seulement dans les dialogues de Platon, tels que le Philèbe, le Timée, le Parménide (Voy. p. 367, 370, notes), mais encore dans les écrits de Pythagoriciens, dont il ne reste plus que quelques fragments, qui ont été rassemblés et interprétés par les historiens de la philosophie. Quant à la doctrine que professaient les Néopythagoriciens à l’époque où écrivait notre auteur, on en peut juger par la Vie de Pythagore qu’a écrite Porphyre, et dont nous donnons un extrait ci-après, p. 627-629.

La polémique à laquelle Aristote s’est livré contre Pythagore et Platon dans sa Métaphysique devait naturellement exciter Plotin à essayer de le réfuter. Aussi la critique de la doctrine péripatéticienne sur les nombres occupe-t-elle ici une grande place (p. 386-393, 396).

Ce livre de Plotin a été cité par Proclus (p. 378, 380, notes). En outre, la théorie de cet auteur sur l’infini est fort propre à bien faire comprendre celle de Plotin, comme on en peut juger par l’importante citation que nous en avons faite p. 400.

On trouve dans les écrits de saint Augustin des idées analogues à celles que Plotin développe dans ce livre sur la théorie métaphysique des nombres. En effet, selon ce Père, comme selon notre auteur, les nombres et les formes sont identiques : « Intuere cœlum et terram et mare, et quæcunque in eis vel desuper fulgent, vel deorsum repunt vel volant vel natant : formas habent, quia numeros habent. Adime illis hæc, nihil erunt. A quo ergo sunt, nisi a quo numerus ? etc. » (De Libero arbitrio, II, 16.) Le nombre de chaque être pris à part est l’unité ; d’où suit que tout aspire à l’unité. La vérité ou la réalité d’un être est en proportion de son unité, et tout être tient du Verbe son unité comme il en tient sa forme et sa réalité : « Omne corpus, verum est corpus, sed falsa unitas. Non enim summe unum est, aut in tantum imitatur ut impleat ; et tamen non corpus ipsum esset, nisi utcunque unum esset. Porro utcunque unum esse non potest, nisi ab eo quod summe Unum et id haberet… At si corpora in tantum fallunt in quantum non implent illud unum quod convincuntur imitari, a quo Principio unum est quidquid est, ad cujus similitudinem quidquid nititur naturaliter approbamus ; quia improbamus quidquid ab unitate discedit atque in ejus dissimilitudinem tendit : datur intelligi esse aliquid, quod illius unius solius, a quo Principio unum est quidquid aliquo modo unum est, ita simile sit ut hoc omnino irapleat ac sit id ipsum ; et hæc est Veritas et Verbum in Principio, et Verbum Deus apud Deum. » (De vera Religione, 35, 36.) Voy. aussi De Ordine, II, 18, et De Musica, VI, 12. Dans ce dernier traité, la théorie que saint Augustin développe sur les nombres sensibles et intelligibles (carnales, spiritales numeri) paraît, malgré son originalité apparente, lui avoir été inspirée par la doctrine néoplatonicienne.