Hymne pour la Victoire
De la métamorphose des fontaines
Muses, favorisez au chant nouveau que j’orne,Et pour qu’il soit de vous l’honneur que je vous rends.De vos dons embaumez ma lèvre à pleine corne,Vierges sourdes aux cris des honteux ignorants.
Celui qui ne sait point par la vertu du NombreEn accordant la lyre élever des cités,Comme Amphion et comme Orphée étendre l’ombreMouvante des forêts, et des fauves domptésÉcarter la fureur qui gronde en leurs repaires,Les dieux ne furent pas bienveillants à ses pères.Muses, ne craignez point d’accompagner mes pas.Si j’ai du Pythien bien suivi les combats,Laquelle parmi vous n’a ma course guidée,Ô neuf sœurs, redressant en ma droite irritéeUne flèche du sang de Nessus empestée,Et ces cordes au fût qui ne se rompent pas ?
Désarmez notre bras, car la victoire est sûre,Et sur la lyre seule affermissez nos doigts.Je pourrai maintenant de la plus haute voixSuivre de l’harmonie une égale mesure.Toi qui, mettant le char dans le cercle des signesEt de la même ardeur que faisait Apollon,N’as laissé ses chevaux battre aux traces indignesD’un autre Phaéthon ;Qui mené par l’Aurore et les Heures compagnesDes barrières du jour aux portes de la nuit,As tout l’éclat du ciel versé sur nos campagnesEn toi-même produit ;
La mer qui te reçoit après t’avoir vu naître,De ce nouveau soleil a les feux retenus,Certaine que par toi doive encore apparaitreEt par elle Vénus.Trois fois, Moréas, heureux, vois, la VictoireA repris son honneur aux lauriers attaché ;Si ce n’est point de toi, qui donc a cette gloireDe l’avoir recherché ?Ce n’est pas pour léguer aux ondes ÉgéennesSon nom, ni pour l’éclat d’un sort injurieux,Que Du Plessys unit l’aile d’Icare aux siennes,Porté jusques aux cieux ;
Mais plus près de Phébus que le fils de Dédale,Il n’appréhende point de sa témérité,Car il passe Neptune et la chance inégaleDu vol qu’il a tenté.Ai-je avec cent héros au bord doré du PhaseD’un monstre dépouillé la pourpre du bélier,Et les taureaux d’airain dont le naseau s’embrase,Les pouvais-je lier ?Pour satisfaire au vœu des prochaines années,Si de l’Aulide encor je détourne mes pas,La fausse fermeté des roches CyanéesNe les bornera pas.
J’aime la Vérité, c’est pourquoi je vous loueQui les Muses avez prises dans vos maisons,Qui seuls voyez leurs yeux fleurir et sur leur joueD’immortelles saisons.Vous, des antiques voix rivaux et moi troisième,Après Pindare, et trois ensemble combattants,Ensemble nous savons vaincre par le temps mêmeL’éternité du temps.