Bibi-la-Bibiste

Raymonde Linossier (1897–1930)

à Francis Poulenc

Que celui d’entre vous qui est sans péchélui jette le première pierre. — (Jean — viii, 7)

chapitre premierEnfance

Sa naissance fut semblable à celle des autres enfants.

C’est pourquoi on la nomma Bibi-la-Bibiste.

(Ceci fut l’enfance de Bibi-la-Bibiste)

chapitre deuxièmeAdolescence

Le sang rouge coulait dans ses artères ; le sang noir coulait dans ses veines.

(Telle fut l’adolescence de Bibi-la-Bibiste.)

chapitre troisièmeAmour

À seize ans, elle travaillait dans un atelier.

— Aïe ! mon nez me démange ! s’écria-t-elle.

— C’est un vieux qui t’aime, répondirent ses compagnes, interrompant leur chanson.

Une violente émotion la saisit. Son cœur fit volte-face dans sa poitrine.

(Telles furent les amours de Bibi-la-Bibiste.)

chapitre quatrièmeDéception

Elle sortit.

Dans la rue populeuse, les vieux messieurs passaient, nombreux. Bibi-la-Bibiste les examinait de son regard anxieux. Mais aucun ne répondit à son appel. Un seul lui lança un coup d’œil enflammé, et il était jeune !

Ne voulant pas s’opposer aux desseins mystérieux de la Fatalité, Bibi-la-Bibiste poursuivit son chemin.

(Et ceci fut la déception de Bibi-la-Bibiste.)

chapitre cinquièmeRideau

Dans un lit d’hôpital s’éteignit Bibi-la-Bibiste. Comme Marie sa patronne, comme Jehanne d’Arc, elle était vierge. Mais sa fiche portait la mention « Syphilitique ».

Ô puissance magique d’un regard amoureux !

(Et ceci est le dernier et le plus tragique chapitre du roman de Bibi-la-Bibiste.)