Descartes à Élisabeth - Egmond, 31 mars 1649

René Descartes (1596–1650)

Correspondance avec Élisabeth

« À Madame Élizabeth, Princesse Palatine, etc. », sans date. Écrite, sans doute, le même jour que les deux précédentes, 31 mars 1649 (voir ci-dessous l. 4-5 et l. 7-8).

Madame,

Il y a enuiron vn mois que i’ay eu l’honneur d’écrire à voſtre Alteſſe, & de luy mander que i’auois receu quelques lettres de Suede. Je viens d’en receuoir derecheſ, par leſquelles ie ſuis conuié, de la part de la Reyne, d’y ſaire vn voyage à ce printemps, aſin de pouuoir reuenir auant l’hyuer. Mais i’ay répondu de telle ſorte que, bien que ie ne refuſe pas d’y aller, ie croy neantmoins que ie ne partiray point d’icy que vers le milieu de l’eſté. I’ay demandé ce delay pour pluſieurs conſiderations, & particulierement aſin que ie puiſſe auoir l’honneur de receuoir les commandemens de V. A. auant que de partir. I’ay deſia ſi publiquement declaré le zele & la deuotion que i’ay à voſtre ſeruice, qu’on auroit plus de ſuiet d’auoir mauuaiſe opinion de moy, ſi on remarquoit que ie fuſſe indiſſerent en ce qui vous touche, que l’on n’aura, ſi on voit que ie recherche auec ſoin les occaſions de m’acquitter de mon deuoir. Ainſi ie ſuplie tres-humblement V. A. de me faire tant de faueur, que de m’inſtruire de tout ce en quoy elle iugera que ie luy puis rendre ſeruice, à elle ou aux ſiens, & de s’aſſurer qu’elle a ſur moy autant de pouuoir, que ſi i’auois eſté toute ma vie ſon domeſtique. Ie la ſupplie auſſi de me faire ſçauoir ce qu’il luy plaira que ie réponde, s’il arriue qu’on ſe ſouuienne des lettres de V. A. touchant le Souuerain Bien, dont i’auois fait mention l’an paſſé dans les miennes, & qu’on ait la curioſité de les voir. Ie fais mon conte de paſſer l’hyuer en ce pays-là, & de n’en reuenir que l’année prochaine. Il eſt à croire que la paix ſera pour lors en toute l’Allemagne, & ſi mes deſirs ſont accomplis, ie prendray au retour mon chemin par le lieu où vous ſerez, aſin de pouuoir plus particulierement témoigner que ie ſuis, &c.