De la Clémence (trad. Baillard)
Translated by Joseph Baillard
Entre tous les mortels de Dieu la prévoyanceM’a du haut ciel choisi, donné sa lieutenance…. . . . . . . . . . . . . . . . . Je détruis, je conserve ;Tout pays, toute gent, je la rends libre ou serve ;J’esclave les plus grands ; mon plaisir, pour tous droits,Donne aux gueux la couronne et le bissac aux rois.
Le sang le plus abject vous était précieux.
Néron suffit pour se conduire…Pour bien faire, Néron n’a qu’à se ressembler.Heureux si ses vertus, l’une à l’autre enchaînées,Ramènent tous les ans ses premières années ! (Ibid. I,sc. II.)
Thraséas au Sénat, Corbulon dans l’arméeSont encore innocents, malgré leur renommée.
Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ;Je vois voler partout les cœurs à mon passage.
Le dernier des soldats tient la mort dans ses mains ;Mais le ciel n’accorda qu’au maître des humainsLe privilège auguste et si digne d’envieD’enchaîner la mort même et de donner la vie.
Images des dieux sur la terre,Est-ce par des coups de tonnerreQue leur grandeur doit éclater ?
Nocere posse et nolle, laus amplissima est. (P. Syrus.)
Le roi n’éclata point : les cris sont indécentsA la majesté souveraine, (Id., Le Roi, le Milan, etc)
Ma gloire inexorable à toute heure me suit.
Changez par vos bontés un destin si funeste :Le plaisir de bien faire est un plaisir céleste ;Et celui d'excuser lorsque l’on peut punir,De rendre des États qu’on pourrait retenir,Et libéralement remettre une couronne,
Les exemples des rois nous font ce que nous sommesTout cherche à s’élever quand ils sont généreux.Sont-ils faibles ? Tout rampe et languit avec eux.
La vertu, qui n’est pas d’un facile exercice,C’est la persévérance après le sacrifice ;C’est, quand le premier feu s’est lentement éteint,La résolution qui survit à l’instinct.