Nocturne
Les Gammes
La blême lune allume en la mare qui luitMiroir des gloires d’or, un émoi d’incendie.Tout dort. Seul, à mi-mort, un rossignol de nuitModule en mal d’amour sa molle mélodie.
Plus ne vibrent les vents en le mystère vertDes ramures. La lune a tû leurs voix nocturnes :Mais à travers le deuil du feuillage entr’ouvertPleuvent les bleus baisers des astres taciturnes.
La vieille volupté de rêver à la mortÀ l’entour de la mare endort l’âme des choses.À peine la forêt parfois fait-elle effortSous le frisson furtif d’autres métamorphoses.
Chaque feuille s’efface en des brouillards subtils.Du zénith de l’azur ruisselle la roséeDont le cristal s’incruste en perles aux pistilsDes nénuphars flottant sur l’eau fleurdelisée.
Rien n’émane du noir, ni vol, ni vent, ni voix,Sauf lorsqu’au loin des bois, par soudaines saccades,Un ruisseau roucouleur croule sur les gravois :
L’écho s’émeut alors de l’éclat des cascades.