Oubli

Stuart Merrill (1863–1915)

Les Gammes

Mon cœur, ô ma Chimère, est une cathédraleOù mes chastes pensers, idolâtres du Beau,S’en viennent à minuit sous la flamme lustraleRâler leur requiem au pied de ton tombeau.

J’ai dressé sous le ciel du dôme un sarcophageDont la grave épitaphe en strophes de granitProclamera de l’aube à l’ombre et d’âge en âgeL’amen et l’hosanna de notre amour bénit.

Mon cœur est une crypte où parmi les pilastresS’enroulent les remous de l’encens des oublis,Et par l’heure qui luit de la lueur des astresLa paix des nuits se mire en les pavés polis.

Sur le carrare froid des marches sépulcralesDéjà mes vieux pensers sont pâmés de sommeil :Les lampadaires d’or s’endorment en spirales,Et, ô la glauque aurore en le vitrail vermeil !