Ce doux hiver qui égale ses jours

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552–1630)

LXXXIII.

Ce doux hyver qui eſgale ſes joursA un printemps, tant il eſt amiable,Bien qu’il ſoit beau, ne m’eſt pas agréable,’J’en crain’la queuë, & le ſuccez touſjours ;J’ay bien apprins que les chaudes amoursQui au premier vous ſervent une tablePleine de ſuccre & de metz delectableGardent au fruict leur amer & leurs tours :Je voy’deſja les arbres qui boutonnentEn mille neuz, & ces beautez m’eſtonnent :Eſt une nuict ce printemps eſt glacé ;Ainſi l’amour qui trop ſerein s’advanceNous rit, nous ouvre une belle apparence,Eſt né bien toſt & bien toſt effacé.