Le Couteau

Théodore Botrel (1868–1925)

Chansons en sabots

LE COUTEAU

Musique de Théodore BOTREL

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I

— « Pardon, Monsieur le Métayer,MaiSi, de nuit, je dérange ;Mais, je voudrais bien sommeillerMaiAu fond de votre grange !

— Mon pauvre ami, la grange est pleineMaiDu blé de la moisson :Donne-toi donc plutôt la peineMaiD’entrer dans la maison ! »

II

— « Mon bon Monsieur, je suis trop gueux ;MaiQué gâchis vous ferais-je !Je suis pieds-nus, sale et boueuxMaiEt tout couvert de neige !— Mon pauvre ami, quitte bien viteMaiTes bardes en lambeaux :Pouille-moi ce tricot, de suiteMaiChausse-moi ces sabots ! »

III

— « De tant marcher à l’abandonMaiJ’ai la gorge bien sèche :Mon bon Monsieur, baillez-moi doncMaiUn grand verre d’eau fraîche !— L’eau ne vaut rien lorsque l’on tremble,MaiLe cidre… guère mieux :Mon bon ami, trinquons ensemble ;MaiGoûte-moi ce vin vieux ! »,

IV

— « Mon bon Monsieur, on ne m’a rienMaiJeté, le long des routes ;Je voudrais avec votre chienMaiPartager deux, trois croûtes !

— Si, depuis ce matin, tu rôdes,MaiTu dois être affamé :Voici du pain, des crêpes chaudes,MaiVoici du lard fumé ! »

V

— « Chassez du coin de votre feuMaiCe rôdeur qui n’en bouge :Êtes-vous “ Blanc ” ? êtes-vous “ Bleu ” ?MaiMoi, je suis plutôt “ Rouge ” !— Qu’importent ces mots : République,MaiCommune ou Royauté.Ne mêlons pas la PolitiqueMaiAvec la Charité ! »

VI

Puis, le Métayer s’endormit,MaiLa mi-nuit étant proche…Alors, le vagabond sortitMaiSon couteau de sa poche,L’ouvrit, le fit luire à la flamme.MaiPuis, se dressant soudain,Il planta sa terrible lameMaiDans… la miche de Pain !

VII

Au matin-jour, le gueux s’en fut,MaiSans vouloir rien entendre…Oubliant son couteau pointuMaiAu milieu du Pain tendre…

. . . . . . . . . .

Vous dormirez en paix, ô Riches !MaiVous et vos Capitaux,Lorsque les gueux auront des miches ;MaiOù planter leurs couteaux !!!