Le Couteau
Chansons en sabots
LE COUTEAU
Musique de Théodore BOTREL
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I
— « Pardon, Monsieur le Métayer,MaiSi, de nuit, je dérange ;Mais, je voudrais bien sommeillerMaiAu fond de votre grange !
— Mon pauvre ami, la grange est pleineMaiDu blé de la moisson :Donne-toi donc plutôt la peineMaiD’entrer dans la maison ! »
II
— « Mon bon Monsieur, je suis trop gueux ;MaiQué gâchis vous ferais-je !Je suis pieds-nus, sale et boueuxMaiEt tout couvert de neige !— Mon pauvre ami, quitte bien viteMaiTes bardes en lambeaux :Pouille-moi ce tricot, de suiteMaiChausse-moi ces sabots ! »
III
— « De tant marcher à l’abandonMaiJ’ai la gorge bien sèche :Mon bon Monsieur, baillez-moi doncMaiUn grand verre d’eau fraîche !— L’eau ne vaut rien lorsque l’on tremble,MaiLe cidre… guère mieux :Mon bon ami, trinquons ensemble ;MaiGoûte-moi ce vin vieux ! »,
IV
— « Mon bon Monsieur, on ne m’a rienMaiJeté, le long des routes ;Je voudrais avec votre chienMaiPartager deux, trois croûtes !
— Si, depuis ce matin, tu rôdes,MaiTu dois être affamé :Voici du pain, des crêpes chaudes,MaiVoici du lard fumé ! »
V
— « Chassez du coin de votre feuMaiCe rôdeur qui n’en bouge :Êtes-vous “ Blanc ” ? êtes-vous “ Bleu ” ?MaiMoi, je suis plutôt “ Rouge ” !— Qu’importent ces mots : République,MaiCommune ou Royauté.Ne mêlons pas la PolitiqueMaiAvec la Charité ! »
VI
Puis, le Métayer s’endormit,MaiLa mi-nuit étant proche…Alors, le vagabond sortitMaiSon couteau de sa poche,L’ouvrit, le fit luire à la flamme.MaiPuis, se dressant soudain,Il planta sa terrible lameMaiDans… la miche de Pain !
VII
Au matin-jour, le gueux s’en fut,MaiSans vouloir rien entendre…Oubliant son couteau pointuMaiAu milieu du Pain tendre…
. . . . . . . . . .
Vous dormirez en paix, ô Riches !MaiVous et vos Capitaux,Lorsque les gueux auront des miches ;MaiOù planter leurs couteaux !!!