Un Héros belge (le Commandant Gilson)
Les Chants du bivouac
(le commandant gilson)
(le commandant gilson)
Après trois semaines d’un siègeQui stupéfie l’UniversLes braves défenseurs de LiègeOnt ordre de gagner Anvers.Mais la Retraite est rude et lenteEt l’Ennemi, féroce et prompt,Monte une garde vigilanteNous traquant de flanc et de front.La route d’Aerschot occupéeEt tout finit tragiquementCar c’est la Retraite coupéeQu’escompte déjà l’Allemand.
Quoi ! pour toute l’arrière-gardeEst-ce la Mort ? ou la prison ?Non ! entre nous et la CamardeUn Héros s’est dressé : Gilson !Il est là dans une tranchéeAvec cent cinquante soldats,Compagnie à demi fauchéeQui combat sur ses morts en tas.On n’est plus bientôt que quaranteDans le fond du sombre ravin…On vise, on tire ! — Plus que trente !Qu’importe ?… Et l’on n’est plus que vingt !Vingt grandes âmes orgueilleusesSeules contre dix escadronsSous le feu de dix mitrailleusesEt de huit pièces de canons !…Gilson dit : « Fuyez ! Moi, je reste ! »Mais, tous, ont froncé le sourcilEn esquissant, muets, le gesteD’un serment sur leur bon fusil ;Et c’est une froide tuerieDe Hulans et d’artificiers ;Le chef, lui, par coquetterie,S’est réservé les officiers ;
On n’est plus que douze… Qu’importe !On tient : on tiendra jusqu’au bout !Gilson, blessé, tombe : on l’emporte.Colère, il se remet debout ;Le nez fauché, la lèvre ouverte— Terrible à voir — de ses deux brasFrappant sur sa poitrine offerte,Il rallie encor ses soldats !Enfin ! la panique tragiqueÉvitée, il part, triomphant !…Horatius Coclès — ô Belgique ! —N’a pas fait mieux que ton enfant !
Mais vous allez croire peut-êtreQue Gilson dort sur ses lauriers ?Ah ! mes amis, c’est mal connaîtreL’entêtement de nos guerriers !Désignant son noble visageDéfiguré par le GermainEt souriant sous son bandageN’a-t-il pas dit, le lendemain :« Ils me la paieront, cette entaille :Je jure — et soyez-en témoins —Que dès la prochaine batailleJe m’en vengerai… nez en moins ! »
(Anvers, 22 Août.)