À mon père

Théodore de Banville (1823–1891)

Les Stalactites

Ô mon père, soldat obscur, âme angélique !Juste qui vois le mal d’un œil mélancolique,Sois béni ! je te dois ma haine et mon méprisPour tous les vils trésors dont le monde est épris.Oh ! tandis que je vais fouillant l’ombre éternelle,Si la Muse une fois me touchait de son aile !Si ses mains avaient pris plaisir à marierSur mon front orgueilleux la rose et le laurierPar lesquels le poëte est souvent plus qu’un homme,Comme je tomberais à tes genoux ! et commeJe ne serais jaloux de personne et de rien,Si tu disais : Mon fils, je suis content, c’est bien.Car ce cœur fier que rien de bas ne peut séduire,Ô père, est bien à toi, qui toujours as fait luireDevant moi, comme un triple et merveilleux flambeau,L’ardeur du bien, l’espoir du vrai, l’amour du beau !