Maisons rouges, pavés brûlés, feuillages bleus
La Verdure dorée
Maisons rouges, pavés brûlés, feuillages bleus…L’aveugle aux yeux d’opale embrasse un chien galeuxDans ses cheveux graisseux brillent des bouts de pailleEt sa tasse en fer-blanc secoue un sou d’Espagne.Un enfant au ruisseau traîne un bouc égorgé.Des filles en riant poussent vers le marchéDes monceaux de lilas rose dans des brouettes.L’odeur des piments frits flotte dans les ruelles,Et les chiens dorment noirs de mouches. Sur les quaisDe jaunes matelots vendent des perroquetsViolets, de l’ivoire et des plumes d’autruche.L’étal d’un charcutier verse un parfum de truffe,Et des bergers sentant la brebis et le suifPortent du lait tourné dans des outres de cuir.Les faisans corrompus, les viandes en conserveChargent l’air et là-bas, jailli d’une caserne,Un long cri de clairon monte comme un jet d’eau.Et pourtant c’est ici qu’une nuit, doux fardeau,Je t’emportai sur mes épaules, sous les lampesDes carrefours, sous les étoiles en guirlandes,Sous les chauves-souris et la lune, à traversCes ruelles, loin de l’auberge aux carreaux verts,
Où tu dansais avec des feuilles à ton peigneSous un voile léger comme une aile d’abeille,Où tu dansais parmi le rhum et les citrons,Dans les cris, dans l’azur des pipes, les juronsDes bateliers, des colporteurs et des manœuvres ;Où tu dansais en déchirant des roses neuvesSous les quatre flambeaux de résine et de poixQui rougissaient les murs et les tables de bois ;Où tu dansais tordant ta chevelure rousse,Sur la terre où giclaient des flaques de vin rouge.